Genève -  Onze Syriens, dont quatre enfants et deux femmes, ont été tués par des gardes-frontières turcs alors qu'ils tentaient de traverser la frontière syro-turque par le village de Kherbet Aljoz dans la province syrienne d'Idlib, selon les témoignages recueillis par une équipe de l'Observatoire Euro-Med le 18 Juin.

   Onze Syriens, dont quatre enfants et deux femmes, ont été tués par des gardes-frontières turcs alors qu'ils tentaient de traverser la frontière syro-turque    

Le gouvernement et les agences d'information ont caché cette nouvelle, en prétendant que les autorités turques avaient tenté de protéger la frontière contre des passeurs et des terroristes, et n'avaient pas tué de civils. Cependant, des témoignages oculaires de familles de refugiés recueillis par l'Observatoire Euro-Med ont confirmé la mort de civils. Les victimes, dont la plupart appartenaient aux familles Alalou et Yassine, de la ville syrienne de Jarablos, avaient essayé d'échapper au contrôle d'ISIS. Quand ils ont atteint la ville d'Izaz dans la campagne au nord d'Alep, ils se sont cachés pendant 15 jours avant qu'un passeur les aide à se rendre à Kherbet Aljoz dans la province syrienne d'Idlib. Les gardes-frontières turcs ont ouvert le feu directement sur eux une fois qu'ils ont atteint la frontière.

Une femme de 50 ans dont le mari, Ubaid Alalou, et trois enfants ont été tués dans l'incident a dit à l'Observatoire Euro-Med qu'elle, son mari et 14 autres personnes avaient décidé de traverser la frontière lorsque les passeurs ont dit que les gardes-frontières turcs avaient donné leur autorisation et que la zone était sûre.

Cet incident n'est pas le premier en son genre. Il y a quelques jours, les gardes-frontières turcs ont tué Ammar Alquoja, originaire de la ville de Jarablos. Comme pour l'incident le plus récent, l'armée turque a déclaré que ses "soldats n'ont pas ouvert le feu sur des civils, seulement sur des passeurs", une déclaration que les témoins oculaires et les survivants ont dit ne pas refléter la réalité.

    Personne ne peut nier le soutien de la Turquie aux réfugiés syriens au cours des dernières années. Cependant, refermer les portes sur eux et les forcer à retourner dans leur pays déchiré par la guerre ne pourra jamais se justifier   

Ihsan Adel, conseiller juridique à l'Observatoire Euro-Med

 

Selon des sources syriennes locales, les gardes-frontières turcs ont tué 60 personnes, dont huit enfants, sept femmes et un jeune homme, entre le 1er Janvier et le 19 Juin.

"Les réfugiés syriens recherchant la sécurité en Turquie sont confrontés à un refoulement ainsi qu'à l'usage de la force meurtrière par les gardes-frontières turcs", rapporte Ihsan Adel, conseiller juridique à l'Observatoire Euro-Med. Chaque jour, près de 100 réfugiés sont contraints de retourner dans leurs foyers en Syrie, en plus des milliers de demandeurs d'asile qui arrivent en Turquie de la Grèce et qui sont contraints de rebrousser chemin.

"Personne ne peut nier le soutien de la Turquie aux réfugiés syriens au cours des dernières années. Cependant, refermer les portes sur eux et les forcer à retourner dans leur pays déchiré par la guerre ne pourra jamais se justifier", a dit Adel. "La Turquie doit respecter la Note sur l'expulsion des réfugiés, qui stipule que les Etats contractants ne doivent pas expulser un réfugié qui arrive légalement sur leur territoire."

L'Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'Homme appelle les autorités turques à ouvrir une enquête urgente sur les incidents durant lesquels des réfugiés ont été tués à la frontière syro-turque et à traduire les coupables en justice. Les autorités turques doivent également ordonner immédiatement aux gardes-frontières de mettre fin à l'utilisation de la force excessive avec les réfugiés.