Les forces pro-gouvernementales syriennes ont progressé mardi dans la partie rebelle d’Alep, provoquant la fuite des civils, alors que le gouvernement mène un assaut pour récupérer toute la ville.

Une semaine après les derniers combats pour la ville, les troupes syriennes avaient pris le contrôle d’un tiers du quartier de Masaken Hanano, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Les troupes gouvernementales, soutenues par les forces russes et iraniennes et le groupe libanais chiite Hezbollah, ont combattu les rebelles sur plusieurs fronts dans les quartiers contrôlés par l’opposition, a déclaré Rami Abdel Rahman, responsable de l’Observatoire basé en Grande-Bretagne.

    Il n’y a rien à manger, plus d’hôpitaux et le bombardement est incessant, ils sont soumis à une pression très forte   

La recrudescence des combats a causé la mort de plus de 140 civils à l’est d’Alep et intervient dans un contexte d’inquiétude de la communauté internationale concernant le sort de plus de 250 000 civils prisonniers dans les zones assiégées sous le contrôle des rebelles.

Mais malgré les condamnations de Washington et de l’ONU, peu de signes indiquent que l’avance du gouvernement cessera.

Reprendre Alep-Est, dont les rebelles se sont emparés en 2012, serait la plus grande victoire du gouvernement dans ce conflit jusqu’à présent et porterait un coup potentiellement décisif à l’opposition.

La ville était autrefois la puissance économique du pays, mais elle a été ravagée par la guerre qui a fait plus de 300 000 victimes depuis le début des manifestations anti-gouvernementales en mars 2011.

Pendant les quatre dernières années, elle a été divisée entre l’Ouest contrôlé par le gouvernement, et l’Est tenu par les rebelles.

Masaken Hanano a été fortement bombardé pendant la guerre. De nombreux habitants ont longtemps abandonné leur maison, mais les derniers combats ont incité même les derniers résistants à fuir.

Milad Shahabi, membre du conseil local, a déclaré à l’AFP que « des civils ont commencé à fuir le quartier », en direction des parties sud de l’Est rebelle.

« Nous cherchons des maisons vides pour les accueillir », a-t-il précisé.

« Rien à manger »

Le quartier est important sur le plan symbolique car il a été le premier de la ville à tomber aux mains des rebelles en 2012, mais c’est également un quartier clé sur le plan stratégique.

« S’il prend le contrôle de Masaken Hanano, le gouvernement aura le contrôle de la ligne de tir sur plusieurs quartiers tenus par les rebelles et sera en mesure de couper les parties Nord de la partie rebelle d’Alep du reste des districts de l’opposition », a déclaré Abdel Rahman.

Les avancées du gouvernement viennent s’ajouter à un sentiment croissant de désespoir dans la partie est de la ville, isolée du monde extérieur depuis que l’armée l’a encerclée à la mi-juillet.

Aucune aide alimentaire n’est parvenue en ville depuis lors, provoquant des pénuries de nourriture et de carburant. Par ailleurs, l’approvisionnement en électricité et en eau est erratique.

Les rebelles ont tenté à plusieurs reprises de briser le siège de l’Est, sans succès, et un diplomate européen a affirmé qu’il ne s’agissait que d’une question de temps avant que la ville tombe aux mains des forces gouvernementales.

« Maintenant, il s’agit seulement de savoir combien de temps elles [les forces rebelles] peuvent tenir », a déclaré le diplomate, sous couvert d’anonymat.

« Il n’y a rien à manger, plus d’hôpitaux et le bombardement est incessant, ils sont soumis à une pression très forte. »

Selon l’OSDH, 141 civils – dont 18 enfants – ont été tués dans l’Est d’Alep depuis le dernier attentat commis le 15 novembre.

Seize autres civils, dont 10 enfants, ont été tués par des tirs rebelles sur l’ouest d’Alep, selon l’observatoire.

L’armée syrienne a accusé mardi ceux qui tiennent les parties Est d’Alep de posséder des réserves alimentaires et leur a ordonné de distribuer des rations pour atténuer les pénuries.

L’existence de telles réserves alimentaires n’a pu être vérifiée. Le 10 novembre, l’ONU a déclaré que les travailleurs humanitaires distribuaient les dernières rations alimentaires disponibles à Alep-Est.

« Le commandement général des forces armées appelle les militants dans les quartiers d’Alep-Est à ouvrir les entrepôts de ration et à distribuer la nourriture à ceux qui en ont besoin », indiquait un communiqué de l’armée.

Une stratégie de « guerre totale »

L’assaut du gouvernement a suscité des critiques internationales. L’ambassadeur de la France auprès des Nations unies, François Delattre, a accusé Damas de mener une « stratégie de guerre totale ».

« La situation est horrible, catastrophique », a-t-il assuré lundi.

Le chef de l’ONU en charge de l’aide humanitaire, Stephen O’Brien, a critiqué lundi le recours aux sièges à Alep et ailleurs, dans ses observations au Conseil de sécurité, indiquant que près d’un million de Syriens vivaient sous les blocus.

« Les civils sont isolés, affamés, bombardés, privés de soins médicaux et d’aide humanitaire pour les contraindre à se soumettre ou à fuir », a-t-il déclaré.

   Les civils sont isolés, affamés, bombardés, privés de soins médicaux et d’aide humanitaire pour les contraindre à se soumettre ou à fuir   

Stephen O’Brien, chef de l’ONU en charge de l’aide humanitaire

 O’Brien a condamné cette « tactique délibérée de cruauté » et a déclaré que les sièges étaient le plus souvent perpétrés par les forces gouvernementales contre des civils.

L’envoyé syrien de l’ONU Staffan de Mistura était à Damas ce week-end pour discuter d’un plan humanitaire et d’une proposition de trêve pour Alep, mais tous deux ont été rejetés par le gouvernement.

Le plan humanitaire vise à évacuer les malades et les blessés de l’Est, ainsi qu’à fournir une aide et permettre aux médecins d’entrer.

Les plans de trêve prévoient le départ des militants de l’Est, mais permettraient à l’administration de l’opposition d’y rester, du moins temporairement.

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Muallem, a déclaré dimanche que le plan de trêve « récompenserait les terroristes » et a insisté pour que le gouvernement reprenne l’Est.

La situation à Alep est devenue telle que beaucoup d’analystes voient l’écrasement des forces rebelles comme inévitable.

« À ce stade, sur le plan opérationnel, il y a très peu de choses que vous pouvez faire pour éviter la chute d’Alep », a déclaré Emile Hokayem, un membre de l’Institut international d’études stratégiques (IIES).

« On ne peut plus envoyer d’armes, toutes les routes d’approvisionnement sont coupées, et les interventions aériennes sont inenvisageables à cause des coûts et des risques », a-t-il déclaré à l’AFP.

Bien qu’il y ait eu des manifestations d’indignation, il n’y a guère eu d’intervention de la part de la communauté internationale, qui s’est comportée comme « un témoin impuissant », a déclaré Karim Bitar, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

Malgré l’opposition au gouvernement d’Assad, l’Occident semble maintenant impuissant face à ses avancées.

« Il y avait un temps pour faire quelque chose à Alep… mais aujourd’hui il est trop tard », a ajouté Hokayem.