Genève- La décision du gouvernement libanais de construire un mur avec des miradors autour d'Ain El-Helweh, le plus grand des camps de réfugiés du pays, est un exemple particulièrement flagrant de son traitement de plus en plus hostile des réfugiés, avertit l’Observatoire Euro-Méditerranéen pour les droits de l’Homme.

   C'est une proposition très inquiétante de ce que l'on peut attendre de l'administration du nouveau président libanais, Michael Aoun, qui traite les réfugiés comme des "menaces à la sécurité"   

Pam Bailey, secrétaire internationale de l’Observatoire Euro-Med

« Les murs ne règlent jamais la cause profonde des problèmes ; au contraire, ils ne font que diviser et opprimer », explique Pam Bailey, secrétaire internationale de l’Observatoire Euro-Med. « C'est une proposition très inquiétante de ce que l'on peut attendre de l'administration du nouveau président libanais, Michael Aoun, qui traite les réfugiés comme des "menaces à la sécurité" plutôt que des personnes qui ont besoin de protection et qui peuvent contribuer à l'économie si on le leur permet. »

D’abord établi près de la ville de Sidon en 1948 par le Comité international de la Croix-Rouge pour accueillir les réfugiés palestiniens expulsés de leurs foyers lors de la création d'Israël, Ain El-Helweh est aujourd'hui une ville de plus de 100 000 habitants, comprenant de nombreuses familles ayant fui la guerre civile en Syrie. Malgré le fait que la majorité des résidents palestiniens sont nés au Liban, ils sont traités de la même manière que les autres réfugiés. La possibilité de travail est très limitée, les obligeant à compter sur l'aide insuffisante des organisations internationales et les exposant à l'exploitation par des employeurs non éthiques. Certaines municipalités imposent des couvre-feux aux réfugiés, ordonnent des raids nocturnes sur leurs maisons, les expulsent ou leur font même nettoyer les rues. Et dans Ain El-Helweh, la construction d’un mur a commencé cette semaine qui, si le gouvernement n'est pas forcé de s'arrêter, comprendra quatre tours avec gardes.

« L'armée libanaise prétend que le mur est nécessaire pour empêcher "les gens recherchés de s’y faufiler". Mais qu'en est-il des plus de 100 000 personnes pacifiques qui y vivent ? » demande Bailey, qui a récemment fait des recherches et rédigé un rapport détaillé pour l’Observatoire Euro-Med sur le traitement des réfugiés par le gouvernement libanais. « Les murs qui exigent des permis et des contrôles d'identité étendus pour entrer et sortir, rendant difficile le fait de recevoir des visiteurs, servent à isoler davantage et à aliéner. Cela ne fera qu'accroître la frustration, la colère et la résistance de toutes les formes, celles-là mêmes que le gouvernement cherche à contrôler avec le mur. »

L’Observatoire Euro-Med appelle à un arrêt définitif du travail sur le mur. Au contraire, des pourparlers sérieux et soutenus devraient commencer sur la façon de restaurer et de protéger les droits de l’Homme des réfugiés palestiniens et syriens, de la manière dont l'expérience passée dans d'autres pays a montré qu'elle contribuerait à la santé économique globale du Liban. Une fois qu'un engagement sérieux à cet égard aura été démontré, les organismes internationaux devraient le soutenir avec une aide financière significative et une expertise technique.

Malheureusement, le président Aoun, qui a pris ses fonctions le 31 octobre, a au contraire utilisé son discours inaugural au Parlement pour demander le retour rapide des réfugiés en Syrie, affirmant que les camps de réfugiés se transformeraient en "menaces pour la sécurité". De même, Gebran Bassil, ministre des Affaires étrangères du Liban, a averti que les réfugiés syriens "menacent l'identité libanaise" et a déclaré aux ministres des Affaires étrangères de l'UE que l'envoi de réfugiés vers des zones de sécurité en Syrie est "la seule solution". Le ministre du Travail, Sejaan Azzi, a déclaré qu'il souhaitait commencer le transfert dès l'année prochaine.

   Des pourparlers sérieux et soutenus devraient commencer sur la façon de restaurer et de protéger les droits de l’Homme des réfugiés palestiniens et syriens   

Toutefois, il n'existe pas de zones de sécurité en Syrie en ce moment et les perspectives d'avenir proche semblent sombres. Contraindre les Syriens à rentrer violerait le droit international. L’Observatoire Euro-Med exhorte au contraire le gouvernement libanais à adopter une proposition de l'ONU selon laquelle tous les pays d'accueil pour réfugiés offrent la possibilité de demander la citoyenneté temporaire, les protégeant de l'exploitation, restaurant leur dignité et leur capacité à soutenir leur famille et permettant au pays de tirer bénéfice de leur présence par l'esprit d'entreprise, par un plus grand pouvoir d'achat et par des recettes fiscales.

« Nous comprenons le fardeau qu’un afflux de plus d'un million de nouveaux réfugiés a placé sur le Liban », explique Bailey, « c'est pourquoi une aide étrangère substantielle est méritée et requise. Cependant, les Palestiniens et les Syriens qui ont été forcés de trouver refuge au Liban ne peuvent pas être ignorés et il est temps qu’une solution juste pour tous soit négociée. »

L'Observatoire Euro-Méditerranéen pour les droits de l'Homme est une organisation à but non lucratif basée à Genève, en Suisse, qui défend les droits des personnes déplacées, vivant sous occupation, victimes de la guerre ou opprimées par des régimes autoritaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, se concentrant particulièrement sur les Palestiniens et les autres réfugiés.