Genève - La mort du journaliste Mohammed Tamalt, à l’âge de 42 ans, après une grève de la faim de trois mois dans une prison algérienne, est un exemple flagrant d'un gouvernement qui utilise son autorité pour faire taire les individus dont il veut étouffer les écrits, affirme l’Observatoire euro-méditerranéen pour les droits de l’Homme.

   La détention d'un journaliste en raison de son opposition au gouvernement, suivie d'un manque total d'attention concernant sa santé, est une violation inacceptable des droits de l'Homme   

Ihsan Adel, conseiller juridique de l’Observatoire Euro-Med

Tamalt, qui détenait la double nationalité britannique et algérienne, a été emprisonné le 27 juin après avoir affiché sur Facebook une vidéo et un poème que les autorités ont déclaré «insulter le président de la république» et d'autres organismes officiels. Tamalt a été condamné à deux ans de prison et a entamé sa grève de la faim le même jour. Sa santé s'est sérieusement détériorée; il avait passé ses trois derniers mois dans l'unité de soins intensifs dans un coma, déclenchant une inflammation pulmonaire sévère. Pendant tout ce temps, il a été privé des visites de famille et d'avocat. Tamalt est décédé le 11 décembre.

"La détention d'un journaliste en raison de son opposition au gouvernement, suivie d'un manque total d'attention concernant sa santé, est une violation inacceptable des droits de l'Homme", a déclaré Ihsan Adel, conseiller juridique de l’Observatoire Euro-Med.

Bien que la loi algérienne stipule qu'un tel crime n'est punissable que d'une amende, le tribunal a refusé de libérer Tamalt. Dans une séance du 4 juillet, une semaine après sa détention, il a été accusé et déclaré coupable de «commettre un crime contre un employé du gouvernement» et condamné à deux ans de prison ainsi qu’au paiement d'une amende correspondant à un montant de 1 800 $ US.

Le gouvernement algérien a imposé des restrictions importantes à la liberté d’expression de la presse, ainsi qu’au droit à la manifestation pacifique, à la protestation et à la réunion ; et a intensifié la censure des médias et des sites Web tels que Facebook. Ceci a abouti à des arrestations arbitraires et à des amendes pour de nombreux militants, journalistes et blogueurs accusés de calomnie, de diffamation et de critiques envers les autorités au pouvoir. Certaines licences d'organisations de médias ont été révoquées.

   Bien que leur constitution garantisse en vertu de l'article 48 la liberté des médias et stipule que les crimes connexes ne sont pas punissables de prison, les autorités algériennes ont ignoré ces protections quand ils ont arrêté Tamalt et ont ignoré sa grève de la faim et la détérioration de sa santé   

 

"Bien que leur constitution garantisse en vertu de l'article 48 la liberté des médias et stipule que les crimes connexes ne sont pas punissables de prison, les autorités algériennes ont ignoré ces protections quand ils ont arrêté Tamalt et ont ignoré sa grève de la faim et la détérioration de sa santé." accuse Adel. "L'Algérie a également signé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, mais il semble que ses autorités pensent qu'il n'a rien à voir avec les journalistes et les défenseurs des droits de l’Homme. Ils ont tort."

Euro-Med appelle les autorités algériennes à enquêter de manière transparente sur les circonstances de la détention et de la mort de Tamalt, à partager les résultats avec des organisations de défense des droits de l'Homme et à placer les coupables devant leurs responsabilités. Plus important encore, toutes les peines infligées aux journalistes et militants condamnés pour avoir critiqué les organes gouvernementaux, administratifs et de sécurité doivent être annulées, garantissant leur droit d'exercer toutes les formes d'expression. Enfin, les autorités doivent cesser d'intimider et de harceler les militants des droits de l'Homme et les écrivains en Algérie.