Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a exprimé sa profonde inquiétude face à la détérioration sécuritaire dans la province d'Aden au Yémen, suite à la récente escalade de la liquidation physique et à une grève de faim  pour le huitième jour dans une prison contrôlée par les EAU.

   La situation générale dans la province d'Aden incite toutes les parties d'assumer leurs responsabilités et d'arrêter l'introduction des civils au milieu du conflit armé en cours   

Ihsan Ade, le conseiller juridique d'Euro-Med

 

Dans un communiqué de presse, Euro-Med a averti que les détenus de la prison "Bear Ahmed" contrôlée par les EAU étaient soumis aux méthodes d'intimidation les plus sévères et à la torture psychologique et physique, ce qui se reflète sur la situation sécuritaire à Aden.

L'Observatoire des droits de l'homme a déclaré que des hommes armés ont assassiné à l'aube l'imam d'une mosquée à Aden, alors qu'il se dirigeait vers la prière l'aube, d'après sa famille, soulignant que c'est le troisième cas durant ce mois et que deux autres imams de la province étaient soumis à une liquidation physique dans deux incidents distincts.

Dans le même contexte, Euro-Med a mis en garde contre la poursuite de la grève de faim dans la prison de "Bear Ahmed" au centre d'un camp des pays de la coalition dans la guerre du Yémen, sans aucune réaction positive des autorités des EAU qui supervisent la prison.

L'observatoire a souligné la présence de plus de 170 détenus arbitraires, sans accusations, dans la dite prison qui se compose de 60 cellules et ne dépassait pas une superficie de 40 mètres carrés. Les détenus vivent dans des conditions difficiles en raison des pratiques d'inhumains dont ils souffrent depuis environ 18 mois de détention, ce qui les a poussés à mener une grève de faim.

Euro-Med a déclaré que la plupart des détenus de la prison de Bear Ahmed sont des politiciens et des civils, ainsi que des combattants, principalement originaires des villes de Taiz, d'Al-Bayda et de Sanaa, et ils sont détenus sans procès ni contrôle, tant au niveau international que local pour déterminer les conditions de détention.

Les autorités des EAU qui supervisaient la prison, n'autorisent à personne y compris les organismes des Nations unies de visiter les détenus, ce qui est considéré par Euro-Med comme une violation claire du droit international humanitaire et des droits de l'homme qui garantissent le droit des prisonniers à connaître les raisons de leur détention et à être en mesure de voir un avocat et de contester leur détention devant la justice impartiale.

Cela coïncide avec une manifestation organisée par les familles des détenus devant le complexe judiciaire et le siège de la Cour suprême de la République à Aden en solidarité avec leurs enfants en grève de faim, et tiennent les EAU, les pays de la coalition et le gouvernement officiel au Yémen l'entière responsabilité de la santé et de la sécurité des détenus, exigeant que leurs enfants soient traduits en justice et que les charges retenues contre eux soient fixées et punies ou libérées.

Selon une conversation téléphonique entre l'équipe Euro-Med et un avocat dans la province d'Aden, le refus des forces des EAU responsables de la prison Bear Ahmed de l'entrée du ministère public et du pouvoir judiciaire dans cette prison afin de d'enquêter avec les détenus conformément aux cadres légaux et judiciaires était la principale raison de l'annonce d'une grève de la faim.

   La santé des détenus en grève se détériore et 15 d'entre eux se sont évanouis   

Selon l'avocat, la santé des détenus en grève se détériore et 15 d'entre eux se sont évanouis, tandis que l'administration pénitentiaire tentait de leur fournir des solutions alimentaires, mais les grévistes refusaient pour poursuivre leur grève de la faim.

L'avocat a ajouté que certains détenus avaient eu en contrebande des téléphones portables pour communiquer avec leurs familles dans des moments précis, et ils ont confirmé les abus commis contre eux et ont déclaré qu'ils étaient soumis à diverses méthodes de torture et de mauvais traitements.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen a déclaré qu'il avait documenté, avant-hier, que les forces des Émirats arabes unis ont pris d'assaut la prison et ont emmené deux des détenus pour tenter de les convaincre de rompre la grève de la faim, mais les détenus ont refusé de répondre de manière décisive en raison de la persistance des violations dont ils sont exposés dans le centre de détention.

Le conseiller juridique d'Euro-Med, Ihsan Adel, a révélé que la situation générale dans la province d'Aden incite toutes les parties d'assumer leurs responsabilités et d'arrêter l'introduction des civils au milieu du conflit armé en cours.

Adel a ajouté que les pratiques des forces émiriennes à l'intérieur de la prison de Bear Ahmed représentent une tragédie juridique et humanitaire, puisque les détenus ont certains droits inaliénables et que les EAU y sont liées, selon les Conventions de Genève et la Convention contre la torture.

Adel a confirmé la responsabilité des EAU et des pays de la coalition de traiter tous les prisonniers au Yémen avec humanité en respectant leur dignité, ainsi que de les présenter devant un tribunal impartial et de libérer ceux qui n'ont aucune charge contre eux.

Par conséquent, l'Observatoire Euro-Méditerranéen a appelé les pays de la coalition dans la guerre au Yémen à mettre fin aux violations répressives contre les détenus dans les prisons du Yémen, à prendre des mesures pratiques urgentes pour assurer leur sécurité et leur libération rapide et pour mettre fin aux attaques arbitraires contre eux.