Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a rapporté que l'année 2017 a été une année terrible pour les migrants et demandeurs d'asile qui ont risqué leur vie en cherchant refuge en Europe, où le pourcentage de morts et de disparus a été le plus élevé depuis des années. 

L'Observatoire a déclaré que l'analyse des statistiques publiées par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) révèle que la route de la Méditerranée occidentale vers l'Europe  est la plus dangereuse au monde. Le pourcentage de décès dus aux arrivées de migrants par mer cette année est le plus élevé par rapport aux années précédentes, bien que le nombre de migrants et de demandeurs d'asile ait diminué de moitié par rapport à 2016.

Le pourcentage de décès parmi le nombre total de migrants par mer a atteint 1,38% en 2016, alors que ce pourcentage a augmenté à 1,76% en 2017, ce qui signifie qu'en 2017, il y a eu une augmentation totale de 27% du pourcentage de ceux qui sont morts en mer, a indiqué Euro-Med. 

   Ce pourcentage pourrait encore augmenter en 2018 avec la mise en place d'une nouvelle route plus épouvantable en Méditerranée occidentale    

 

L'UE a réussi à réduire le nombre d'arrivées sur ses côtes, au moment où elle a constamment échoué à sauver ceux qui se noient tous les jours, ce qui est considéré honteux par Euro-Med. À cet égard, l'Observatoire exhorte l'UE à déployer davantage d'efforts pour soutenir les missions de secours en Méditerranée afin de réduire les taux de mortalité croissants.

Ce pourcentage pourrait encore augmenter en 2018 avec la mise en place d'une nouvelle route plus épouvantable en Méditerranée occidentale depuis l'accord italo-libyen de février 2017, prévient  Euro-Med. Alors que le nombre d'arrivées des migrants en Méditerranée centrale diminuait rapidement après l'accord, le nombre sur la route de la Méditerranée occidentale vers l'Espagne était trois fois supérieur à celui de 2016.

Ihsan Adel, le conseiller juridique d'Euro-Med a dit :"Cette route semble être la plus fataliste de toutes les routes méditerranéennes vers l'Europe, car en décembre, le nombre de morts dans la Méditerranée occidentale est deux fois supérieur à celui de la Méditerranée centrale, sans décès pour l'Europe de l'Est."

Cet accord qui visait à empêcher les migrants d'atteindre l'Europe via la Libye n'est pas la seule tentative de l'Europe de se soustraire à ses responsabilités en repoussant les réfugiés derrière ses frontières et de mettre le fardeau sur les pays instables et faibles. 2017 a été témoin de transactions similaires entre l'Allemagne et la Tunisie (en mars), et l'Allemagne et l'Égypte (en août).

L'Observatoire Euro-Med a mis en garde contre les conséquences humanitaires fatales de ces accords sur les réfugiés et les migrants qui sont restés piégés dans des conditions extrêmement mauvaises dans ces pays, ainsi que les violations des droits de l'homme et des violations auxquelles ils sont systématiquement soumis.

 Par exemple, l'accord italo-libyen a exposé environ un million de réfugiés et de migrants piégés en Libye à des violations insupportables; tel que le viol, la détention, la torture physique et sexuelle, l'esclavage humain et beaucoup d'autres pratiqués aussi bien par les forces gouvernementales que par les trafiquants. Malgré les récentes missions du HCR pour secourir certains des réfugiés captivés dans les centres de détention officiels libyens, Euro-Med est profondément préoccupé par le grand nombre de réfugiés et de migrants toujours pris au piège.

D'autre part, les conséquences de l'accord UE-Turquie de 2016 sont encore apparentes tout au long de 2017. Selon Euro-Med, environ 70 000 réfugiés souffrent de taux élevés de suicide et de dépression en attendant d'être déportés en Turquie dans les camps de détention grecs et serbes.

En ce qui concerne la crise au sein de l'Union européenne, 2017 a été une année de grave manque de coordination entre les pays de l'UE pour faire face à la crise actuelle des réfugiés, considérant que le nombre d'arrivées de migrants et de demandeurs d'asile (par voie maritime ou terrestre) a diminué à 181 543 (environ 85 662 d'entre eux sont originaires de la Syrie). Cependant, en 2016, les migrants et les demandeurs d'asile étaient environ 1200.000 (avec plus de 300.000 de Syrie), ce qui indique la faiblesse persistante de la réponse de l'UE.

À cet égard, Euro-Med condamne l'échec du programme de relocalisation conçu pour relocaliser 160 000 réfugiés de Grèce et d'Italie vers d'autres pays européens d'ici septembre 2017.

Adel a expliqué : "Après deux ans, seulement 18% des réfugiés avaient été réinstallés, alors que les pays comme la Hongrie et la Pologne ont refusé d'accepter un seul réfugié, la Slovaquie et la République tchèque n'acceptaient respectivement que 16% et 12%". Adel a aussi ajouté:" Le seul moyen d'assurer une vie digne au grand nombre de réfugiés qui attendent dans les pays de transit (Grèce et Italie) est de partager le fardeau. Les pays de l'UE devraient enfin remplir leurs obligations à mesure que de plus en plus de réfugiés entrent chaque année".

L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme appelle l'Union Européenne à prendre des positions et des mesures plus positives pour fournir protection et asile à ceux qui fuient la situation horrible dans leurs pays déchirés par la guerre, au lieu de les repousser de leurs frontières pour continuer à souffrir dans les pays pauvres et instables ou de les laisser affronter leur sort sur les bateaux de la mort, notant que l'UE devrait ouvrir des voies sûres pour les réfugiés cherchant protection.

Euro-Med appelle également l'UE à activer plus efficacement les missions de sauvetage de ceux qui sombrent en Méditerranée et à partager équitablement le fardeau pour assurer une vie digne à tous les réfugiés, signalant que la crise pourrait être transformée en privilège si elle est gérée correctement et les réfugiés qui arrivent pourraient devenir une partie productive de la communauté de l'UE si seulement ils étaient intégrés et acceptés par les pays de l'UE au lieu d'être considérés comme un lourd fardeau.