Genève- L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a exprimé sa vive inquiétude face à l'escalade des taux de l'exploitation des enfants dans le marché du travail en Tunisie ces dernières années, suite à l'absence de législation pénale criminalisant ce phénomène et les faibles mécanismes de contrôle du gouvernement.

L'Observatoire a déclaré, dans un communiqué de presse publié aujourd'hui, que le phénomène de l'exploitation des enfants en Tunisie s'est considérablement aggravé. Selon les dernières statistiques menées par l'Institut national de la statistique et le ministère des affaires sociales, plus de 215 000 enfants sont employés en Tunisie, ce qu'il veut dire environ 9,5% des enfants tunisiens âgés de 5 à 17 ans, tandis que 176 000 enfants sur l'ensemble des enfants travailleurs ont moins de 16 ans.

Selon Euro-Med, la prévalence de ce phénomène est due à l'inadéquation de la législation légale sur le travail des enfants en Tunisie avec les normes internationales nécessaires pour les protéger. Euro-Med a aussi souligné que la loi du Code du travail autorise l'emploi d'enfants sous certaines conditions et qu'il n'existe pas de stratégie gouvernementale claire pour faire face à ce phénomène, en l'absence de perception et des mécanismes pratiques pour réduire l'inscription des enfants au marché du travail.

Euro-Med a déclaré que selon les enfants et les employeurs interviewés, les enfants recourent au travail soit à cause de la pauvreté ou de l'échec scolaire, et du manque de suivi administratif et psychologique des enfants, en plus de la préférence des employeurs pour le travail des enfants pour éviter de payer de gros salaires.

L'Observatoire a expliqué que les conditions matérielles et les mauvaises conditions sociales des familles, en particulier dans le nord-ouest et le sud-est du pays, les ont forcés d'abandonner l'école et de les intégrer dans diverses professions, notamment l'agriculture ou l'artisanat.

Le ministère tunisien de l'éducation a déclaré lors d'une initiative lancée en 2016 et qui est intitulé "L'école récupère ses enfants", qu'au moins 10 000 élèves sont coupés de l'école chaque année.

Quant aux conditions de travail entourant les enfants, Euro-Med a signalé que le pourcentage d'enfants travaillant dans des professions dangereuses est plus de la moitié par rapport au nombre total d'enfants travailleurs, avec un total de 136 000 enfants. En outre, 20% d'entre eux souffrent de formes de persécution psychologique et physique, des insultes des employeurs, du travail lourd pour de longues heures, ou dans des circonstances difficiles et du travail pénible interdit par la loi.

Ce phénomène est non seulement exclusif aux garçons, mais aussi aux jeunes filles. Parmi les 78 000 femmes de ménage en Tunisie, 17,8% sont des enfants, selon une étude préparée par l'Association tunisienne des femmes pour le développement.

"Bien que le parlement tunisien ait approuvé une loi sur la violence contre les femmes en 2017, qui criminalise également l'emploi d'enfants comme travailleurs domestiques, il a eu beaucoup d'influence sur la réduction de ce phénomène en raison de la mauvaise supervision du gouvernement", a déclaré Yahya Ashraf, le chercheur d'Euro-Med des affaires nord-africaines.

"Les lois tunisiennes ne spécifient pas l'âge légal minimum du travail pour les enfants, même si les références au travail et aux droits des enfants existent sporadiquement dans certaines lois, elles incluent clairement des lacunes juridiques importantes", a ajouté Ashraf.

De plus, certaines dispositions de la loi reconnaissent implicitement la légalité du travail des enfants, telles que l'admissibilité des enfants de 13 ans à travailler dans des travaux légers agricoles et non industriels légers, à condition que le travail n'interfère pas avec l'éducation de l'enfant. "Cette condition est seulement théorique et est absente dans l'application pratique sur le terrain", a déclaré Achraf.

Euro-Med a appelé les autorités tunisiennes à promulguer des lois spéciales qui protègent les enfants contre l'exploitation économique et à procéder à une révision du système juridique du travail des enfants en Tunisie. Et de s'assurer que les systèmes juridiques sont conformes aux normes internationales et au droit des enfants à l'éducation et à leur intérêt supérieur.

Euro-Med également a appelé à la réglementation et au soutien des lois qui protègent les enfants et normalisent l'âge légal minimum pour leur travail, tout en intensifiant les mécanismes d'un contrôle gouvernemental efficace dans la lutte contre toutes les formes d'exploitation des enfants.