Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a déclaré que les services de sécurité marocains ont pris, depuis des mois, des mesures de répression contre des manifestants et des militants de l'opposition, notant qu'ils ont arrêtés et blessés des dizaines de manifestants et de participants au mouvement pacifique de la ville marocaine de Jaradah - au nord-est du pays - Euro-Med a aussi exprimé inquiétude au sujet de la  détérioration des conditions économiques et sociales vécues par la ville du Rif, qui a connue des protestations continues depuis la fin de l'année dernière (2017). 

   Un certain nombre de détenus ont déclaré une grève de la faim pour protester contre les abus et les pratiques exercées contre eux dans les prisons, et la poursuite des arrestations arbitraires   

 

Euro-Med a dit, lors d'un communiqué de presse aujourd'hui, que plus de 40 militants ont été arrêtés par les forces de sécurité marocaines dans le contexte des manifestations qui ont éclaté depuis le 22 décembre dernier, après la mort de deux frères qui travaillaient dans une mine aléatoire pour extraire du charbon. Où les forces de sécurité ont imposé un cordon de sécurité autour de la place «Alchouhada»  au centre-ville, où les manifestants se rassemblaient, empêchant aussi les résidents de s'approcher à la zone. Cependant, cela n'a pas empêché les manifestants de continuer leur manifestation.

L'Observatoire a indiqué que le ministère public dans la ville de « Oujda » avait renvoyé les militants Mustafa Odnin, Ameen Amqalash, et Aziz Boudecah, à une audience de jugement devant le Tribunal de première instance pour outrage à des fonctionnaires dans l'exercice de leurs fonctions, la participation à la violence contre eux, la désobéissance, la résistance aux travaux commandés par l'autorité publique,  et l'opposition par  la foule et la menace d'y participer, mais le tribunal a décidé de reporter l'examen de l'affaire jusqu'au 26 mars prochain.

Selon Euro-Med, les événements de répression dans la ville de Jaradah ont connu des subventions croissant depuis le mercredi 14 mars 2018, lorsque les manifestants se sont entourés par des centaines d'éléments des forces de sécurité, qui ont attaqué un certain nombre d'entre eux, écrasé un jeune homme et ont blessé une femme d'une manière éloquente, ce qui a conduit à l'éclatement de confrontations graves entre les manifestants et les forces de sécurité.

L'Observatoire a souligné qu'en décembre de l'année dernière, la cour d'appel de la ville marocaine d'Al Hoceima a rendu des verdicts condamnant une vingtaine de militants civils pour avoir participé aux manifestations massives qui ont éclaté il y a plus d'un an dans la campagne du nord du Maroc, dans ce qu'on appelle "le mouvement du Rif", après qu'un camion d'ordures dans la ville d'Al Hoceima avait tué le jeune vendeur de poisson "Mohsen Fikri" qui était  à l'intérieur du camion , quand il a essayé de récupérer la quantité de poisson confisquée par la police locale, sous prétexte que la vente du poisson été interdite.

Euro-Med a déclaré que les accusations portées contre certains des accusés peuvent sembler juste, d'autant plus que l'arrestation a eu lieu après des affrontements entre les manifestants et les forces de sécurité entrainant environ 30 blessées parmi les forces de police. Les manifestants ont aussi mis le feu à un bâtiment de la police à proximité de la ville Housseima. Cependant, les peines prononcées étaient sévères et ne respectaient pas le droit des personnes à manifester et que certains actes étaient une réaction à la répression des forces de police par les manifestants. Cinq à huit mois d'emprisonnement ont été prononcés à l'encontre de sept accusés dans le cas de la mort du vendeur de poisson, y compris des fonctionnaires de la pêche, des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur et d'une entreprise de nettoyage.  

   Les autorités marocaines doivent respecter et se conformer aux dispositions de la loi, et doivent cesser de viser les campagnes de civils et de journalistes   

Yahya Ashraf, le chercheur d'Euro-Med en Afrique du Nord

L'Observatoire a indiqué que le nombre de détenus depuis le début de la crise s'élevait à plus de 300 personnes, dont au moins 17 mineurs, où le Tribunal a condamné des douzaines de détenus à des peines variables, tandis que d'autres ont été amendés d'environ 20 à 500 dollars.

Euro-Med a mis en garde qu'un certain nombre de détenus avaient déclaré une grève de la faim pour protester contre les abus et les pratiques exercées contre eux dans les prisons, et la poursuite des arrestations arbitraires et les procès qui ne disposent pas de la justice. Des rapports locaux ont confirmé que les détenus dans les centres de sécurité d'Alhousseima étaient soumis à la torture et à des traitements dégradants, ce qui contrevient à l'article 22 de la Constitution marocaine, qui affirme que "la pratique de la torture sous toutes ses formes et par quiconque est un crime puni par la loi".

Yahya Ashraf, le chercheur d'Euro-Med en Afrique du Nord,  a déclaré :"Les autorités marocaines doivent respecter et se conformer aux dispositions de la loi, et doivent cesser de viser les campagnes de civils et de journalistes, s'abstenir d'employer  le pouvoir judiciaire pour réprimer des manifestations pacifiques approuvées par la loi,  travailler rapidement sur la libération des détenus, et d'arrêter la série de violations qui durent depuis plus d'un an. "

Ashraf a ajouté: "Les autorités marocaines devraient prendre en compte les revendications des manifestants, surtout que les zones du Rif et "Jarada" sont les  zones les plus défavorisées économiquement et socialement. "

Selon Achraf, Jaradah est l'une des régions les plus pauvres du Royaume du Maroc selon les chiffres de la Commission Supérieure de Planification de l'Autorité de la Statistique du Maroc, la zone du Rif est caractérisée par un taux de chômage élevé, tandis que le taux de chômage national ne dépasse pas 9%, cette zone souffre également d'une grave pénurie de matériel de santé due à la répartition inégale des équipements entre les zones urbaines et rurales. La région est également vulnérable au niveau de la structure économique, en raison du manque de projets de développement produisant de la richesse et les revenus.

L'Observatoire International des Droits de l'Homme a rapporté que, bien que les procès et les arrestations aient continué dans les villes d'AlHosseima et de Jarada, cela n'a pas réussi à mettre fin à la situation de protestation dans les deux zones.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen a appelé les autorités marocaines à cesser la campagne d'arrestations et d'attaques contre les participants aux manifestations pacifiques, à défendre les droits de l'homme et à traduire en justice les auteurs d'exactions et de violations contre des manifestants pacifiques, tout en garantissant une procédure régulière et un procès équitable pour les accusés.