Genève - L’Observatoire Euro-Méditerranéen des droits de l’Homme a déclaré que l’arrestation et les poursuites arbitraires des journalistes et de juristes par les autorités marocaines lorsqu’elles ont ordonné la fermeture d’organisations internationales de défense des droits de l’Homme sont alarmantes.

   Les autorités marocaines harcèlent non seulement les journalistes et les militants marocains, mais aussi ceux d’autres nationalités   

 

De telles pratiques violent les principes de la démocratie et des droits de l'Homme, notamment en ce qui concerne le droit à la liberté d'opinion et d'expression, que les autorités marocaines se sont engagées à respecter dans le contexte des manifestations marocaines de 2011-2012, a mis en garde Euro-Med.

Le journaliste et militant Hamid al-Mahdaoui, qui s’est expressément opposé au gouvernement marocain à travers ses écrits sur les réseaux sociaux, a été jugé pour la deuxième fois et condamné à trois ans de prison pour avoir omis de signaler un crime portant atteinte à la sécurité de l'Etat.

Al-Mahdaoui a déjà passé une année en prison le 20 juin dernier, lorsqu'il a critiqué l'interdiction du gouvernement marocain d'organiser une manifestation pacifique par un groupe d'opposition, et pour cela, il a été accusé d'avoir incité à participer à une manifestation non autorisée.

Le 28 juin 2018, le militant marocain ayant purgé sa peine, le tribunal de première instance de Casablanca a prononcé une nouvelle peine de trois ans d'emprisonnement et une amende de 300 dollars pour n'avoir pas informé les autorités de deux appels téléphoniques qu'il avait reçus les 27 et 28 mai 2017. Au cours de ces appels, un étranger aurait demandé à al-Mahdaoui de publier des informations sur les intentions de contrebande d’armes pour soutenir le mouvement d’opposition au Maroc.

S'appuyant sur les écoutes téléphoniques illégales du téléphone d'Al Mahdaoui, le verdict lui-même est alors injuste. Al-Mahdaoui n'a pas pris l'appel au sérieux et n'a pas non plus publié les informations alléguées. Il a également confirmé qu'il avait l'habitude de recevoir de nombreux appels de ce genre, ce qu'il ne prend jamais au sérieux, un acte qui l'exempte de punition par le code pénal marocain lui-même.

Le motif caché derrière la nouvelle accusation contre al-Mahdaoui est de faire taire sa voix en tant que journaliste opposé au gouvernement, a souligné Moussa al-Qunidi, représentant d’Euro-Med.  Il a également ajouté que les restrictions continues sur les droits de l'Homme et le travail de presse constituent une violation flagrante des principes de liberté d'opinion et d'expression garantis par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel le Maroc a adhéré en 1979.

 En documentant les événements autour d'eux, les journalistes et les activistes ne commettent pas de crimes, ceux qui les empêchent de documenter commettent plutôt un crime, a ajouté al-Qunaidi.

Le cas d'al-Mahdaoui ne fait pas exception. Le 26 juin, la cour d'appel de Casablanca a condamné le journaliste Mohamed al-Asrihi à une peine d'emprisonnement de cinq ans et à une amende de 210 dollars. Il a été arrêté le 6 juin 2017 après avoir couvert une manifestation anti-gouvernementale du Mouvement Rif, dans le nord du Maroc, dans le cadre de son travail pour la chaîne Rif 24. Le tribunal a condamné pour plusieurs accusations sans citer d'éléments de preuve ou de faits. Les accusations incluaient: la déstabilisation de la sécurité intérieure du Maroc, la participation à des manifestations non autorisées, l'incitation à l'unité du royaume et l'insulte des responsables gouvernementaux.

En outre, les autorités ont arrêté six autres journalistes alors qu’ils couvraient la même manifestation. Ils ont été accusés d'infractions pénales impliquant des atteintes à la sécurité de l'État. D'autres journalistes ont été battus lors du tournage et de la couverture de la manifestation, ainsi que de l'assaut des forces de sécurité contre des militants.

Les autorités marocaines harcèlent non seulement les journalistes et les militants marocains, mais aussi ceux d’autres nationalités. Le 25 juillet 2017, les autorités ont expulsé de force deux journalistes espagnols, dont l'un résidait au Maroc depuis 17 ans, et a refusé d'accorder des autorisations à la presse internationale pour couvrir des événements au Maroc.

Les organisations internationales telles que Human Rights Watch et Amnesty International sont toujours interdites de travail dans le pays depuis trois ans, déclare Euro-Med, décrivant cet acte comme une «atteinte injustifiable» aux activités de défense des droits humains.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme appelle les autorités marocaines à cesser de sévir contre les journalistes et les défenseurs des droits de l'Homme dans le pays, à libérer tous les journalistes et militants détenus, à lever les restrictions imposées au travail des organisations locales et internationales de défense des droits de l'Homme, conformément à leurs obligations en vertu des lois et des conventions relatives aux droits de l'Homme.