Genève -  L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a mis en garde contre les déclarations européennes qui incluent des discours racistes à l’encontre des réfugiés fuyant leur pays en guerre, ce qui a coïncidé avec l'annonce d'une approche russe du retour des réfugiés syriens d'Europe et des pays voisins de la Syrie en Syrie, sans aucune garantie, soulignant  "le danger de prendre une telle mesure à un moment où  plusieurs responsables syriens ont menacé les réfugiés de mauvais traitements en cas de retour dans leurs foyers".
 

   Malgré le déclin de l'action militaire en Syrie, les risques sont toujours présents, en particulier en ce qui concerne les exécutions sur le terrain et la détention arbitraire    


Euro-Med a appelé l'Union européenne à adopter une position unifiée dans le traitement des réfugiés syriens et à veiller à ce qu'ils ne soient renvoyés de force sans garanties de contrôle international de leur sécurité, soulignant que malgré le déclin de l'action militaire en Syrie, les risques sont toujours présents, en particulier en ce qui concerne les exécutions sur le terrain, la détention arbitraire et la disparition forcée. Il est également à craindre que les services de sécurité syriens exercent des représailles de la part des opposants.

L'Observatoire a évoqué les déclarations du directeur du service de renseignement aérien syrien en juillet, diffusées par les activistes syriens, promettant de traiter les réfugiés en cas de retour "comme des moutons" dont les "corrompus" seront exécutés. Essam Zahr al din, l'ancien commandant de la garde républicaine, a révélé dans une vidéo enregistrée en septembre dernier: "Toute personne ayant fui la Syrie vers un autre pays, est priée de ne pas revenir ! Parce que si votre Etat vous a pardonné, nous ne vous pardonnerons jamais. "

Sarah Pritchett, la porte-parole d'Euro-Med a déclaré: "La Russie tente de promouvoir que les conditions sont favorables au retour des réfugiés syriens, comme prévu au paragraphe 14 de la résolution 2254/2015 du Conseil de sécurité, alors que ce que nous constatons sur le terrain jusqu'à présent, ce sont des bombardements sporadiques et des arrestations continues en plus de la présence de milliers de prisonniers au sort inconnu dans les prisons syriennes."

Pritchett a souligné la nécessité de respecter le droit international des droits humains en ce qui concerne le retour forcé des réfugiés, en particulier la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, qui stipule que les réfugiés ne doivent être expulsés d'aucune façon vers les frontières des pays où la vie et la liberté du réfugié sont menacées pour des raisons de race, de religion, de nationalité, d'appartenance à un groupe social ou à une opinion politique. Pritchett a ajouté aussi que le retour des réfugiés dans les circonstances actuelles est contraire à la résolution 50 de 1984 du Conseil économique et social sur les garanties visant à protéger les droits des personnes passibles de la peine de mort, ce qui risque d’être le sort de dizaines de réfugiés au cas où ils sont renvoyés en Syrie.

Dans le même contexte, Euro-Med a exprimé sa préoccupation face à la montée du discours racial de certains partis anti-immigrants en Europe  qui a utilisé la propagande russe sur la possibilité du retour des réfugiés chez eux, pour renforcer des campagnes contre eux et appeler à leur expulsion ou à la prise de mesures restrictives à leur égard.

La ville de "Schönberg" au nord-ouest de l'Allemagne "Mecklenburg-Vorpommern", est devenue la plate-forme des campagnes de haine raciale contre une famille syrienne réfugiée qui a perdu son enfant petit dans une terrible attaque de voiture le 20 juin, alors qu'il conduisait son vélo.

Selon la radio publique allemande "Deutsche Welle", la police a été informée de l'existence d'une croix gammée, symbolisant le nazisme sur le lieu de l'incident, après près de deux semaines et demie après l’incident, la police a été surprise que la croix gammée ait été redessinée au même endroit, de la même taille et des mêmes couleurs qu'autrefois , ce qui a conduit la police à ouvrir une enquête à ce sujet, avec des doutes que l'attaque de la voiture liée à la perte de l’enfant pouvait avoir  des origines raciales.

Aux Pays-Bas, l'étudiant Geert Wilders, dirigeant du parti de droite néerlandais de la liberté, a appelé le 7 août sur Twitter à fermer toutes les mosquées des Pays-Bas, accusant l’islam d’être "la religion du terrorisme" et qu’il ne devait pas y avoir de mosquées aux Pays-Bas.

En Suède, certains partis ont transformé la "souffrance de milliers de réfugiés" en une question politique au cours de négociation lors des élections internes en Suède. Les sondages indiquent que le parti "Démocrates Suède", qui fait partie des trois premiers partis du pays, connu pour son hostilité envers les réfugiés, pourrait obtenir un classement avancé lors des élections municipales et parlementaires qui auront lieu  début de septembre prochain.

Le Danemark a connu une augmentation des pratiques restrictives à l’égard des réfugiés par l’adoption de lois limitant la fourniture de matériel et de services à ces personnes, ainsi que la promulgation de lois interdisant le port du voile dans les lieux publics, ce que les musulmans considèrent comme un prélude aux décisions qui les concernent en particulier.

En juin dernier, Euro-Med a publié un rapport intitulé « Vous n'êtes pas d'ici: la xénophobie et la discrimination raciale contre les réfugiés et les migrants en Europe » dans lequel il a souligné que l'Union européenne est plus que jamais tenue d'arrêter les appels à la haine et à la discrimination contre les réfugiés et les migrants et de prendre une position ferme contre le phénomène de la xénophobie et de la violation des droits des réfugiés et des migrants résultant d'une vague de positions d'extrême droite en Europe.

Euro-Med a documenté dans son rapport de témoignages de réfugiés menacés et attaqués en France, en Allemagne, en Pologne et dans d'autres pays européens, où la xénophobie et la discrimination à l'encontre des réfugiés et des migrants ont varié entre attaques physiques,  incendies délibérés et  assassinats. De même les restrictions à la liberté de mouvement en dehors des camps, la réduction des droits du travail et l’empêchement à l'expression de l'identité religieuse comme le port du voile, augmentent progressivement.

En conclusion, Euro-Med a souligné le devoir des gouvernements européens à s’attaquer aux campagnes ciblant les réfugiés au lieu de les appuyer, pour s'assurer que les réfugiés syriens ne repartent d’Europe vers la  Syrie que volontairement et qu’après s’être assuré de  la stabilité du pays et de l’engagement des garanties internationales contre les représailles ou la persécution à leur encontre tout en appelant à la reconstruction de la Syrie et à l’assurance d’une vie décente aux réfugiés qui souhaitent rentrer volontairement.