Genève- L'expulsion forcée sous la menace d'une arme et les arrestations accompagnées d'actes d'intimidation et de pillage, que  les familles libyennes de la ville de Tawergha à Tripoli ont subi, lors de leur déplacement forcé du camp de réfugiés qui abrite près de 2000 personnes, constituent des crimes de guerre, a condamné l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme.

Euro-Med a expliqué qu'un groupe armé d'environ 60 personnes réparti dans 20 véhicules a attaqué à l'aube du vendredi 10 août le camp de réfugiés de Tawergha, ce groupe a arrêté plus de 100 personnes, y compris des personnes âgées, et a également confisqué les biens des personnes déplacées de force.

"Les voitures conduites par le groupe armé portait le nom de la sécurité centrale "Busslim" - véhicules appartenant au gouvernement de l'accord national - Le groupe armé était équipé d’une machinerie lourde en prévision de la démolition du camp, où les activistes avaient déjà été prévenu  d'une tentative de vendre le terrain sur lequel le camp a été construit ", ont déclaré des témoins à l'équipe d'Euro-Med.

Les habitants de Tawergha ont été déplacés de force de leur ville depuis les événements de 2011 en Libye, par crainte de persécution et de représailles étant donné qu'un certain nombre de personnes de la ville ont été impliquées dans les événements qui ont eu lieu dans la ville de "Misurata" lors de la chute du régime de l'ancien président Mouammar Kadhafi. Ils ont ensuite été déplacés dans différentes régions en Libye, où la plupart vivent dans des tentes temporaires en des zones désertiques ou dans des logements privés dépourvus des éléments les plus essentiels à la vie humaine.

"Selon les témoignages recueillis, les attaques contre les camps de personnes déplacées sont systématiquement effectuées par des groupes armés pour les extorquer et les restreindre afin de contrôler le camp, surtout à la lumière de l'incapacité du gouvernement libyen reconnu à Tripoli à contrôler la situation sécuritaire" a déclaré Meera Bishara, chercheuse à l'Observatoire Euro-Med.

Euro-Med a souligné que ces incidents constituent des crimes de guerre exigeant de poursuivre et de traduire en justice les responsables, notant que l’article 8 (paragraphe 2, point e) indique dans les paragraphes 5 et 8  que le pillage de toute ville ou de tout lieu où l'émission d’ordres de déplacement de populations civiles pour des raisons liées au conflit constituent des crimes de guerre. L'article 49 de la quatrième Convention de Genève de 1949 interdit les transferts forcés collectifs ou individuels de personnes, ou leur expulsion de leurs zones de résidence vers d’autres terres, sauf si cela est dans leur intérêt pour leur épargner les dangers d’un conflit armé.

" Ce qui s'est passé récemment dans ce camp met l'accent sur la nécessité de mettre en œuvre les termes de l'accord signé le 22 Juin de l'année dernière entre les groupes qui régissent à la fois Misurata et Tawergha, et qui vise à  réconcilier les parties, indemniser les victimes, assurer le retour des habitants de Tawergha chez eux et mettre fin à leur déplacement." a ajouté Bishara.

Euro-Med a appelé les Nations Unies à coopérer avec les autorités libyennes afin d'assumer leurs responsabilités envers les personnes déplacées en fournissant un abri et une protection à ceux qui sont obligés de quitter le camp, et de trouver des solutions durables pour toutes les personnes déplacées en Libye.