Genève- L’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme a déclaré que le gouvernement Irakien dirigé par Haider Abadi a exercé la répression humiliante des protestations populaires pacifiques lancées dans plusieurs provinces du centre et du sud de l'Irak depuis le début du mois de juillet dernier. Euro-Med a confirmé avoir documenté l'utilisation de la tortures et de la disparition forcée, en plus du recours excessif à la force par les autorités pour faire face aux manifestants, où des centaines d'entre eux ont été arrêtés arbitrairement. L'Observatoire a également appelé le gouvernement irakien à cesser ses pratiques répressives envers les manifestants, de se concentrer plutôt sur l'exercice de ses fonctions et d'éviter le défaut des services de base et de fournir une vie décente aux Irakiens.

    Les forces de sécurité irakiennes ont utilisé des balles réelles lors de la répression des manifestations en cours, durant les deux mois derniers   

 

Dans un communiqué de presse, Euro-Med a déclaré que la répression des autorités irakiennes contre les manifestations se poursuit, notant que les forces de sécurité ont réprimé samedi les manifestants sur la place Abdul Karim Qasim, dans la province de Basra, en utilisant des gaz lacrymogènes, des coups de feu en l'air, et ils ont aussi arrêté un certain nombre d'entre eux après les avoir poursuivis. Les manifestants ont entamé un sit-in ouvert il y a 23 jours pour exiger un changement de situations dans la province et améliorer leurs conditions de vie.

L’Observatoire Euro-Méditerranéen a souligné que les forces de sécurité irakiennes ont utilisé des balles réelles lors de la répression des manifestations en cours, durant les deux mois derniers, dans de nombreuses provinces, entrainant la mort d'au moins 18 personnes, dont la plupart ont été tués par des balles réelles, alors qu'environ 1000 personnes ont été arrêtées, tandis que la plupart ont été libérés récemment, beaucoup d'entre eux ont déclaré avoir été torturés, battus et insultés par des agents de sécurité, en particulier au Mossoul.

Dans le même contexte, Euro-Med a condamné la décision du gouvernement irakien de couper l'Internet et les moyens de communication de plusieurs villes irakiennes, en conjonction avec le lancement des manifestations populaires. Les autorités irakiennes ont coupé l’Internet de la plupart des villes irakiennes les 14 et 15 juillet derniers, en violation de la liberté d'expression et du droit d'accès et de transmission de l'information, notant que les activistes irakiens sont toujours confrontés à des obstacles à la communication via Internet, où ils sont obligés d'utiliser des logiciels de cryptage Premium pour télécharger des enregistrements vidéo.

 

De son côté, Sarah Pritchett, la porte-parole d'Euro-Med a déclaré  que les actions du gouvernement irakien étaient compatibles avec les actions des gouvernements tyranniques dans la région, où il cherche à dissimuler l'image et à empêcher les activistes de transmettre des informations documentant les violations des services de sécurité.

Pritchett a souligné  que ce que les forces de sécurité irakiennes exercent contre les manifestants dans les provinces de l'Irak centrale et du Sud constitue une violation du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Pacte international, et le Code de conduite pour les responsables de l'application des lois, en plus de sa violation des principes de base sur le recours à la force et aux armes à feu par les responsables de l'application de la loi.

"Le gouvernement semble avoir choisi d'affronter le peuple et d'ignorer ses revendications, plutôt que de corriger ses échecs, surtout en ce qui concerne la reconstruction des villes détruites pendant la guerre contre l'organisation "Daesh", comme c'est le cas au Mossoul, qui a été détruite et abandonnée  sans reconstruction pendant environ un an. " a ajouté Pritchett.

Les manifestants ont indiqué que l’objectif des manifestations était de lutter contre la corruption, d’assurer l’approvisionnement de l’eau potable et de l’électricité et de lutter contre le chômage, au moment où la province de Basra - la province où les manifestations ont commencé- souffre d'une catastrophe sans précédent due à la contamination de l'eau potable, ce qui a conduit à de diverses maladies dues à la pollution.

Ahmed Sulaiti, le porte-parole du conseil provincial Basra dans le sud de l’Irak, a révélé lors d'un  communiqué de presse vendredi dernier, que  la province est devenue un "désastre"; en raison de l'augmentation croissante de la pollution de l'eau due à l'augmentation de la salinité, causant des cas d'intoxication parmi la population, ce qui a coïncidé avec des températures d'air ascendantes, les coupures de courant pendant de longues heures, avec un manque de médicaments et de services médicaux dans la ville, ce qui a conduit à l'apparition de 18 000 cas d'empoisonnement dans la province de Basra, comme annoncé par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme en Irak.

L'Observatoire a appelé le gouvernement irakien à accélérer la réponse aux demandes légitimes des manifestants et à  investir leurs capacités à travailler pour assurer une vie décente à ses habitants, notamment en matière de reconstruction, d'eau, d'électricité et de services éducatifs, au lieu de réprimer les manifestants et de violer leurs droits fondamentaux.

Euro-Med a appelé à la libération de tous les détenus sur la base de leur participation aux manifestations, et l'ouverture d'une enquête immédiate sur les violations qu'ils ont subies lors de leur arrestation, soulignant la nécessité de l'engagement du gouvernement irakien aux traités internationaux et les lois auxquels l'Irak est partie, ce qui oblige le gouvernement irakien à cesser immédiatement la répression des manifestations, le ciblage des manifestants et à assurer la liberté d'expression, et s'abstenir de harceler les militants et les journalistes en couvrant les manifestations, ainsi que de veiller à ce que les communications et l'Internet ne soient pas délibérément déconnectés des citoyens.