Genève - Un séminaire sur la situation des civils au Moyen-Orient a été organisé en marge de la 39e session du Conseil des Droits de l’Homme par l’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme et d’autres organisations à but non lucratif.

    L'escalade des interdictions imposées aux habitants de Jérusalem, les empêchant de se rendre à la mosquée Al-Aqsa sans aucune justification.   

Alaa Barghouthi, chercheur d’Euro-Med

 

Au cours du séminaire, Euro-Med  a appelé à des poursuites internationales contre les responsables de violations en Palestine, en Libye et en Irak. L'Organisation a également appelé à protéger les victimes, à mettre fin à l'impunité et à mettre en place un mécanisme international pour soutenir les victimes de conflits.

Le séminaire a eu lieu le mercredi 19 août à Genève et a été organisé par quatre Organisations Internationales: l'Association internationale du barreau, l'Organisation internationale pour l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, l'Observateur Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme et le Centre international de Genève pour la justice.

Alaa Barghouthi, chercheur d’Euro-Med, a examiné les conclusions du rapport de l’Organisation sur les violations des autorités israéliennes à Jérusalem-Est. Il a également mentionné les mesures prises par les autorités israéliennes contre les Palestiniens, y compris la détention arbitraire (qui comprend des passages à tabac et des interrogatoires pendant de longues heures), des amendes et des démolitions de maisons sous prétexte de la non-autorisation ou de l'absence des permis.

Barghouti a également souligné l'escalade des interdictions imposées aux habitants de Jérusalem, les empêchant de se rendre à la mosquée Al-Aqsa sans aucune justification.

Les violations contre les Palestiniens dans la ville sainte se sont intensifiées après le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, a indiqué Barghouthi, soulignant que les services de sécurité israéliens avaient émis des ordres de retrait de la mosquée Al-Aqsa contre les Palestiniens en utilisant cinq méthodes de base: les ordres militaires, les décisions judiciaires, les décisions du commandant de la police, les décisions prises par les agents d’interrogatoire et la liste noire.

À la fin de son discours, Barghouti a appelé la communauté internationale à faire tout son possible pour mettre fin aux violations israéliennes à Jérusalem. Il a également exhorté les autorités israéliennes à arrêter  leur politique d'interdiction des Palestiniens souhaitant visiter la mosquée Al-Aqsa.

Mahfouz Touati, un chercheur d’Euro-Med impliqué dans la documentation des cas de torture dans le cadre d’un projet lancé par Euro-Med  en Libye, a parlé des principales violations documentées contre des civils, notant que dans les deux premiers mois du projet, 500 cas de torture ont été documentés.

Il a également déclaré que le nombre des cas documentés atteindrait 1 500 cas pour les sept dernières années, soulignant que les méthodes de torture les plus utilisées sont les coups, les insultes, la violence verbale, les agressions sexuelles et  d’autres.

65% des cas de torture ont été causés par des organismes gouvernementaux, tandis que le reste par des groupes armés à travers la Libye, a expliqué Touati, soulignant que le rapport indique que seulement 36% des victimes de torture ont parlé de leurs cas. En outre, 70% des familles des victimes ont subi des traumatismes physiques et psychologiques dus à la torture de leurs parents.

Les victimes de la torture en Libye ont besoin de soutien et d'assistance, y compris par une réhabilitation psychologique intensive, pour éliminer les effets de la torture psychologique qui leur est infligée, et pour traiter les dommages physiques et leurs problèmes de santé.

Les familles des victimes ont également besoin d’un soutien psychologique, en particulier les enfants, afin de surmonter les souffrances psychologiques résultant de la torture de leurs parents, a déclaré Touati. Les victimes devraient être intégrées dans la communauté après leur réhabilitation psychologique en réhabilitant au cas par cas, a souligné Touati.

Sur la situation en Irak, Ghada Al Rayyan, chercheuse d'Euro-Med, a appelé la communauté internationale à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la protection du droit des Irakiens à la réunion pacifique et faire pression sur le gouvernement pour qu'il cesse de cibler les défenseurs des Droits de l'Homme, les journalistes et les militants.

Al Rayyan a également appelé à la création d'une commission d'enquête internationale indépendante chargée d'enquêter sur toutes les violations commises en Irak depuis 2003.

En parlant des récentes manifestations populaires pacifiques organisées dans plusieurs gouvernorats du centre et du sud de l'Irak depuis début juillet, Al Rayyan a éxpliqué que les manifestants exprimaient leur frustration en raison du manque d'emplois et de  fournitures de base, notamment l'eau et l'électricité. Au lieu d'utiliser la force pour dissiper les manifestations, le gouvernement aurait dû réagir positivement aux demandes légitimes des citoyens.

Une équipe d'Euro-Med et du Centre international de justice de Genève a documenté le recours excessif à la force par les autorités irakiennes lors de la dispersion des manifestants, en plus des arrestations arbitraires des centaines d'entre eux, la torture et les disparitions forcées.

Les forces de sécurité irakiennes ont utilisé des balles réelles pour réprimer les manifestations en Irak au cours des deux derniers mois, tuant au moins 18 personnes.

Bien que les Irakiens aient un droit constitutionnel à la liberté de réunion pacifique, ce droit est souvent soumis à des restrictions. Les autorités irakiennes continuent à réprimer des manifestations pacifiques organisées par des civils contre la corruption et  pour exiger davantage leurs droits civils et politiques.

En ce qui concerne la liberté de la presse en Irak, Al Rayyan a expliqué que l’Irak était devenu l’endroit le plus dangereux pour les journalistes. Ils font face à des meurtres, des poursuites et des arrestations, tandis que le gouvernement irakien et les milices actives continuent d'arrêter des journalistes et des défenseurs des Droits de l'Homme.

À la fin de son discours, Al Rayyan a exhorté le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression à se rendre en Iraq et à examiner de près les violations en cours.

Dani Dugnes, Présidente de l'Organisation Balance de Justice, a critiqué la politique continue des autorités israéliennes d'annexer les territoires palestiniens et de séparer la population et les villes palestiniennes à travers le mur de séparation, ce qui est illégal au regard du droit international.

Dugnes a parlé de son expérience dans les territoires palestiniens occupés et de son suivi de dizaines de démolitions de maisons, en particulier dans le village de Walaja, en Cisjordanie. Le village fait actuellement face à au moins 50 ordres de démolition. Pendant ce temps, des centaines de civils seront laissés sans abri.

La communauté internationale est consciente de la plupart de ces violations, mais elle ne réagit pas pour contrer les mesures israéliennes visant à éliminer toute présence palestinienne dans les territoires occupés. Des mesures concrètes doivent être prises pour contrer ces mesures et limiter les violations afin que les palestiniens puissent jouir de leurs droits fondamentaux.