Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a condamné la répression systématique et l'utilisation excessive de la force par le gouvernement soudanais contre les manifestations populaires pacifiques organisées au Soudan depuis le 19 décembre 2018,  entraînant au moins 45 morts jusqu'à présent, appelant le gouvernement soudanais à mettre fin aux pratiques répressives contre les journalistes et les manifestants et de se concentrer plutôt sur le traitement pacifique de leurs demandes et d'éviter la défaillance des services de base afin d'assurer une vie décente aux Soudanais.

   La répression exercée par les autorités soudanaises contre des manifestants pacifiques dans des villes soudanaises constitue une violation flagrante des principes fondamentaux du respect des droits de l'homme   

Sarah Pritchett, la porte-parole de l'Observatoire Euro-Méditerranéen

Les autorités soudanaises ont déclaré que 29 personnes ont été tuées au cours des manifestations, tandis que l'Observatoire International des Droits de l'Homme a déclaré qu'au moins 45 personnes ont été tuées, soulignant le meurtre d'au moins deux personnes lors des récentes manifestations, que les forces de sécurité ont affrontées avec des balles réelles et avec l'usage excessif de gaz lacrymogène. Selon Euro-Med :Mahjoub Taj Mahjoub Ibrahim, 20 ans, étudiant à la Faculté de médecine de l'Université Al-Razi, a été tué jeudi après avoir été torturé par des agents de sécurité. Abdel-Azim Babeker, 22 ans, a été tué par une balle dans la poitrine. "Les forces de sécurité ont attaqué les funérailles et ont écrasé certains participants", ont déclaré des personnes en deuil lors des funérailles de Mahjoub.

Euro-Med a noté que les manifestations qui avaient débuté à Atbara, au nord du pays, se sont ensuite déplacées dans d'autres villes et régions, notamment Gedaref, Al-Fasher et Khartoum, pour protester contre les prix élevés et la dégradation des conditions de vie. Les manifestants ont été soumis à un déploiement de la sécurité intensif et au recours excessif à la force, tels que des gaz lacrymogènes, des coups de matraque, des balles réelles et des balles en caoutchouc.

De son côté, la militante des Droits de l'Homme, Asil Abdo, a décrit sur sa page Facebook, la façon dont les forces de sécurité soudanaises ont traité les manifestants le 17 janvier 2019 lors des manifestations réclamées par le "rassemblement professionnel" à Khartoum, soulignant que les forces de sécurité ont d'abord tenté de disperser un grand nombre de manifestants par le gaz lacrymogène avant l'utilisation des balles en caoutchouc, ce qui a causé la blessure de nombreux manifestants.

Dans son témoignage, "Abdou" a déclaré que les forces de sécurité ont pris d'assaut une salle où les manifestants se protégeaient, elles ont commencé à les frapper violemment, à les insulter les menaçant d'emprisonnement et de viol.

Euro-Med a condamné la poursuite de la répression gouvernementale des manifestants, soulignant l’arrestation de centaines de personnes au cours des dernières semaines. Le ministre soudanais de l'Intérieur, Ahmed Bilal Othman, a déclaré dans un communiqué de presse que les autorités soudanaises avaient arrêté 816 personnes lors des 381 manifestations dans différentes villes soudanaises, cependant le nombre de détenus dépasse probablement ce chiffre. Des témoignages sur terrain ont confirmé à Euro-Med que la campagne de perquisitions et d'arrestations comprenait des écrivains, des étudiants, des journalistes, des défenseurs des droits de l'homme et des leaders de l'opposition tels que Masoud Mohamed Hassan, Saleh Mahmoud Othman et Masoud Mohammed Al Hassan.

L’Observatoire a critiqué la déclaration de Mamoun Hassan Ibrahim, ministre soudanais de l'Information et de la Communication, qui a déclaré que les services de sécurité poursuivaient ce qu'il appelait "des instigateurs et des éditeurs de fausses informations" par le biais de la police criminelle internationale (Interpol).

Dans le même contexte, l'Observatoire Euro-Méditerranéen a condamné le retrait par les autorités soudanaises des licences d'un certain nombre de journalistes en tant que correspondants d'Al-Arabiya, d'Al-Jazeera et du correspondant de l'agence turque Anatolie, ainsi que la fermeture de certains bureaux de presse en raison de leur couverture des événements dans le pays. En plus de la perturbation du travail des réseaux sociaux et le blocage du travail de certains sites d’information pour tenter d’imposer un black-out aux médias sur la réalité de ce qui se passe sur le terrain.

"Les forces de sécurité soudanaises empêchent l'imprimerie du journal soudanais Al-Jarida depuis plus de deux semaines: elles ont arrêté les rédacteurs en chef du journal, ont interdit l'imprimerie du journal du parti Baath soudanais et ont confisqué le journal " lendemain" le 12 Janvier. Des dizaines de journalistes ont interdit d’écrire et de publier." a déclaré Euro-Med. Reporters sans frontières a enregistré plus de 100 violations de la liberté de la presse au Soudan le mois dernier, y compris l'arrestation de 66 journalistes.

"La répression exercée par les autorités soudanaises contre des manifestants pacifiques dans des villes soudanaises constitue une violation flagrante des principes fondamentaux du respect des droits de l'homme", a déclaré Sarah Pritchett, la porte-parole de l'Observatoire Euro-Méditerranéen, avertissant que la répression et l'imposition du silence aux journalistes  d'une manière aussi large, suggère que le régime cherche par tous les moyens à dissimuler ses crimes et qu'il craint que certaines informations soient divulguées aux medias.

"Les autorités soudanaises assument l'entière responsabilité de la vie et de la sécurité des manifestants. Elles doivent ouvrir une enquête officielle et transparente sur le recours excessif à la force pour réprimer des manifestants pacifiques. Elles doivent immédiatement annuler la fermeture des bureaux de presse qui ont été fermés ces derniers jours et libérer les journalistes et les militants pacifiques, " a ajouté Pritchett.

L’Observatoire Euro-Méditerranéen a appelé le gouvernement soudanais à accélérer le traitement  pacifique des demandes des manifestants, et à offrir aux citoyens une vie décente, notamment en ce qui concerne les prix élevés et les conditions de vie, plutôt que de réprimer les manifestants et de violer leurs droits fondamentaux.