Territoires palestiniens- L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a dénoncé l'attaque des services de sécurité de l'autorité du Hamas contre des citoyens de la bande de Gaza qui exercent leur droit de réunion pacifique, leur liberté d'opinion et d'expression. Euro-Med a condamné l'arrestation et la convocation des dizaines de manifestants dans différentes zones de la bande de Gaza suite à leur appel à manifester contre la pauvreté et les conditions économiques difficiles.

   Même si les services de sécurité prétendent que la manifestation n'avait de permis, cela ne leur permettrait pas de les réprimer ni de les arrêter   

La porte-parole d'Euro-Med, Sarah Pritchett

 

L'Observatoire des droits de l'Homme a déclaré que son équipe, qui était présent sur place, avait surveillé le rassemblement de quelque 600 manifestants dans la zone "Trans" du camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza,  en réponse aux appels lancés sur Internet pour protester contre les conditions de vie difficiles.

Euro-Med a expliqué que le lieu de la manifestation avait été le théâtre d'une intense présence sécuritaire avant même que les participants ne se rassemblent à 16 heures, où  les forces de sécurité ont commencé à les avertir de la nécessité de quitter les lieux immédiatement, juste avant que les forces de sécurité habillées en civil et portant des matraques ne commencent à réprimer, disperser et arrêter un certain nombre de manifestants.

Euro-Med a déclaré que, parallèlement à la répression des forces de sécurité, des manifestants fidèles au Hamas sont arrivés sur les lieux de la manifestation et ont scandé des slogans contre le président palestinien Mahmoud Abbas sans être soumis au harcèlement des services de sécurité, tandis que les autres manifestants scandaient des slogans confirmant le caractère pacifique de leur rassemblement.

Dans le même contexte, Euro-Med a déclaré que son équipe avait documenté au cours des deux derniers jours la détention arbitraire d'au moins 10 personnes, ainsi que la convocation d'autres personnes dans le contexte des appels à participer à la manifestation,  par la sécurité intérieure et les services d'enquêtes générales.

Dans une déclaration à l'équipe Euro-Med, Ahmed Abdel Jawad, un citoyen de Gaza, a déclaré que le service de sécurité intérieure lui avait envoyé une convocation écrite le lundi 11 mars 2019 pour se rendre immédiatement au siège du service de sécurité à Deir Al-Balah, sans expliquer la raison de cette convocation.

"Je suis allé à 13 heures le même jour où j'ai reçu la convocation au siège du service de la sécurité intérieure à Deir Al-Balah (au centre de la bande de Gaza). Quand je suis arrivé, ils m'ont expliqué que c'était concernant mes appels à participer à des manifestations sur les réseaux sociaux. Après mon arrivée au siège, ils m'ont demandé de me tenir debout et de lever les mains, et je suis resté ainsi pendant environ trois heures, pour être interrogé ensuite pendant une demi-heure où ils m'ont posé des questions sur le mouvement des jeunes et ses parties incitantes."

Abdul Jawad a déclaré qu'il était resté en détention jusqu'au dimanche 13 mars 2011 au matin, où il a été libéré pour passer un examen universitaire à condition qu'il se rende à nouveau au siège jeudi matin.

L’équipe Euro-Med a également documenté l’arrestation de l’étudiant Islam Abu Eisheh de Deir Al-Balah, où son frère Mohamed a rapporté que le service d’investigation générale l’avait arrêté le mercredi 13 mars 2019 au matin, à 10 heures, du campus du Collège technique palestinien à Deir Al-Balah. Il a ajouté: «La police a arrêté mon frère après avoir été appelé à participer à la manifestation pacifique alors qu'il était à son université et avec l'aide de la sécurité du Collège. Il a été conduit à la prison centrale dans la zone centrale sans l'obtention d'un mandat du bureau du procureur général. »

Dans la ville de Gaza, Euro-Med a documenté l'arrestation des deux frères, Abdurahman et Mohammed Al-Majdalawi, à la suite de leur appel à participer au mouvement de la jeunesse via Internet, où ils sont toujours en détention, selon leurs familles.

En contact avec l'équipe Euro-Med, Wissam al-Majdalawi, le frère des détenus a déclaré que des agents de la sécurité en civil ont arrêté son frère Abd al-Rahman alors qu'il se rendait pour recevoir son salaire le lundi 11 mars 2019 sur le fond de ses appels à la mobilisation, et que sa famille ne savait pas où il se trouvait jusqu’à présent.

Al-Majdalawi a déclaré que des agents de sécurité habillés en civil ont arrêté son frère Mohammed depuis son domicile. Et qu'il est toujours détenu sans informer la famille des conditions de son arrestation.

"Les autorités au pouvoir dans la bande de Gaza sont tenues de respecter le droit des citoyens de se réunir pacifiquement, y compris d'exprimer leurs opinions politiques", a déclaré la porte-parole d'Euro-Med, Sarah Pritchett. "Même si les services de sécurité prétendent que la manifestation n'avait de permis, cela ne leur permettrait pas de les réprimer ni de les arrêter, et que toute action serait arbitraire et contraire au droit de réunion pacifique et d'expression d'opinions", a ajouté Pritchett.

"Le non-respect des procédures requises pour obtenir une licence ne constitue pas un crime et les coups, les arrestations arbitraires et les menaces ne constituent en aucun cas une sanction conforme à la loi", a déclaré Pritchett.

Euro-Med a appelé les autorités de la bande de Gaza à libérer immédiatement tous les détenus et à œuvrer pour que les citoyens jouissent des libertés publiques. Euro-Med a souligné que la politique consistant à faire taire les gens, à empêcher les manifestations pacifiques et à restreindre la liberté d'expression n'a jamais été une garantie pour parvenir à la stabilité politique dans la société. Au contraire, c’est une cause directe de tensions ".

Euro-Med a appelé les autorités de la bande de Gaza à répondre d'urgence aux demandes des manifestants et à y répondre pacifiquement en s'efforçant d'offrir une vie digne aux citoyens, notamment en ce qui concerne leurs conditions de vie, au lieu de réprimer les manifestants et de violer leurs droits fondamentaux.