Trois journalistes sont persécutés par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) en France pour avoir révélé l'implication des autorités françaises dans l'envoi d'armes au Yémen. Les trois journalistes ont dévoilé un rapport de défense secrète sur la manière dont les armes françaises sont vendues et utilisées au Yémen, en guerre civile depuis 2015.

 

   Euro-Med demande à la France de cesser de vendre les armes à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, car ils utilisent des armes françaises dans le conflit yéménite.    

 

Le Procureur de Paris a ouvert une enquête contre les trois journalistes, Mathias Destal et Geoffrey livolsi, ainsi que Benoît Collombat, pour « compromettre le secret de la défense nationale » après avoir révélé ce que les autorités françaises ont qualifié de « rapport confidentiel de défense », détaillant l’utilisation des armes françaises au Yémen.

L’enquête judiciaire a été ouverte contre les trois le 13 décembre 2018 après que le Ministère des Forces Armées ait déposé une plainte auprès de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI).

Le rapport révélé par les journalistes énumère les armes déployées par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Yémen, qu’ils ont acquises de la France, alimentant ainsi la guerre dans le pays qui dure depuis 2015.

Paris a affirmé que ces armes sont défensives « et non sur la ligne de front ».

« Les documents confidentiels révélés par Disclose et ses partenaires présentent un intérêt majeur pour le public. Celle de porter à l’attention des citoyens et de leurs représentants ce que le gouvernement voulait dissimuler », ont déclaré les éditoriaux des médias impliqués dans l’affaire.

Le rôle des médias est essentiel pour apporter l’information au public car la liberté de chercher, de recevoir et de transmettre l’information est incluse dans le droit à la liberté d’expression à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’Homme de 1950 et l’article 19.2 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966.

Le droit à la liberté d’expression et à l’accès à l’information peut faire l’objet d’une dérogation pour des raisons de sécurité nationale, ce qui est le cas ici puisque les renseignements révélés étaient classifiés « défense confidentielle ».

Néanmoins, Euro-Med estime, citant la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme 2013 Bucur et Toma c. Roumanie, « nécessaire pour vérifier si l’intérêt à maintenir la confidentialité des renseignements l’a emporté sur l’intérêt public ».

Un document officiel, classé «défense confidentielle», révèle le rôle offensif des armes françaises sur le territoire yéménite et montre que les autorités françaises sont au courant de l'utilisation des armes qu'ils ont vendues à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis dans les conflits yéménites sont d’intérêt public et doivent être porté à la connaissance des citoyens. De tels actes font de la France une partie du meurtre illégal de civils commis au Yémen, interdit par la Convention de Genève de 1949.

Euro-Med voudrait souligner que même si la France est partie aux instruments internationaux susmentionnés, ni à la Constitution ni aux lois consacrant le droit à l'information. L'article 7 de la Charte de l'environnement de 2004 contient une référence à ce droit, qui concerne le cas particulier de la protection de l'environnement.

Euro-Med appelle les autorités françaises à libérer immédiatement les trois journalistes et à clore le procès intenté sans conditions à leur encontre. En réalité, un tel procès menace la réputation de la France et constitue une violation de la liberté de parole garantie par les lois française et européenne.

Euro-Med appelle la France à mettre en œuvre ses obligations internationales et régionales en matière de droit à l'information.

Euro-Med appelle la France à créer des autorités autonomes qui décident du niveau de «défense secrète» au lieu du secrétariat général à la défense et à la sécurité nationale (SGDSN), qui dépend du Premier ministre.

Euro-Med demande à la France de cesser de vendre les armes à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, car ils utilisent des armes françaises dans le conflit yéménite.

Euro-Med demande instamment à la France de mettre fin à son implication dans la guerre au Yémen, qui a coûté la vie à près de 10 000 Yéménites,  en plus de menacer la vie de 4 millions d’autres par la famine suite du conflit en cours, auquel la France participe en fournissant des armes aux parties en guerre.