Genève- L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme a publié dimanche une déclaration exprimant sa profonde préoccupation à l’égard de la politique du gouvernement italien concernant les réfugiés arrivant sur son territoire, surtout que le nombre de demandeurs d'asile expulsés d'Italie vers d'autres pays européens a doublé au cours des cinq dernières années.

"Les violations persistantes des droits de l'Homme résultant de la politique du gouvernement italien de droite alarment la situation des réfugiés qui arrivent en Italie après un périple meurtrier dans les eaux de la Méditerranée", a déclaré Euro-Med.

Les pays européens renvoient les réfugiés à leur première destination avec des demandes plus strictes du règlement "Dublin", a déclaré Mohammed Shehadeh, Responsable des affaires européennes à Euro-Med. "Les migrants, fuyant la mort et menacés de mort, arrivent par mer en Italie et en Grèce, puis demandent l'asile dans d'autres pays européens", a ajouté Shehadeh.

Shehadeh a souligné que la mise en œuvre stricte du règlement de Dublin a conduit à des violations horribles des droits de l’Homme, y compris les expulsions, le refus de résidence et le refus d’asile dans certains cas, l’Italie et la Grèce supportent plus de charges que les autres pays européens car ils sont le centre d’accueil des réfugiés arrivant par mer.

Dans le cas où les migrants se voyaient refuser l'asile dans les États membres de l'UE, ils seraient expulsés vers l’Italie, où le gouvernement italien viole leurs droits fondamentaux. En outre, les migrants sont soumis à des actes de haine abominable, de racisme, de violence, de pauvreté, de manque de logements adéquats et de confiscation de leurs biens personnels tels que leurs téléphones.

Mohammed Emad, chercheur juridique à Euro-Med, a déclaré que la Convention relative au statut des réfugiés et son Protocole en vertu de la Résolution Internationale No. 1186 stipule que les réfugiés ne peuvent être expulsés sauf dans les circonstances les plus limitées, et l’état de refuge doit être conditionné à ne pas renvoyer de force les réfugiés dans le pays où ils sont susceptibles d’être persécutés.

Emad a expliqué que toute décision d’expulser des réfugiés, conformément aux conventions internationales relatives aux réfugiés, doit constituer une exception et pour des raisons liées à la sécurité nationale ou à l’ordre public.

Il a également souligné que l’article 32, paragraphe 2, de la même convention obligeait l’État de réfugiés à donner aux réfugiés le temps de chercher un État alternatif s’il décidait de les expulser, et de ne pas appliquer immédiatement la décision. Le but de ce règlement est de sauver la vie des réfugiés et de veiller à ce que leurs libertés et leurs droits humains ne soient pas violés, ce qui est garanti par tous les traités et règlements internationaux.

Selon le ministère italien de l’Intérieur, 24.000 personnes ont été déportées en Italie durant les 6 ans, de janvier 2013 à novembre 2018. Ce nombre a triplé au cours des cinq dernières années, passant de 2 500 en 2014 à 6 500 en 2018. Dans le même contexte, l’Allemagne, la Suisse, la France et l’Autriche ont demandé le transfert de quelque 188000 migrants vers l’Italie, ce qui  les expose à un risque réel et les prive de leurs droits fondamentaux garantis par le droit humanitaire.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme exhorte les États membres de l’UE à reconsidérer leurs politiques qui augmentent la souffrance et la persécution des réfugiés en les expulsant vers d’autres pays précaires, mettant leur vie en danger. Euro-Med a appelé à accepter plus de demandeurs d’asile au lieu de les renvoyer dans des pays surpeuplés qui souffrent d’un nombre massif d’immigrants.

Euro-Med a également appelé l’Italie à fournir de meilleurs soins aux demandeurs d’asile, à mettre fin à la violation de leurs droits et à leur permettre de vivre dans des conditions de vie dignes qui ne violent ni leur dignité humaine ni leur droit à la vie.