L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme a publié lundi un communiqué de presse dénonçant l’enlèvement d’un militant civil et d’un éminent universitaire dans la province de Basra en Irak, ainsi que les campagnes d’arrestation menées par les services de sécurité irakiens contre les militants menant des manifestations pacifiques contre la corruption dans le pays.

Selon des sources locales, Kazem Al-Sahlani a été enlevé, pour sa participation à des manifestations anti-corruption, pendant plusieurs heures avant d’être libéré. Il a été kidnappé puis laissé dans le désert au nord de Basra où il a réussi à marcher jusqu’à un poste de contrôle de la police locale.

"Les opérations d’enlèvement et d’intimidation visent à empêcher les Irakiens d’exercer leur rôle sociétal et à restreindre leurs libertés, y compris la liberté d’expression", a déclaré Euro-Med. Euro-Med a ajouté que cela représente une indication claire de la propagation délibérée de la peur et d’une politique visant à museler les activistes, ce qui viole les droits civils et politiques des citoyens et les lois nationales et internationales.

Dans le même contexte, l'Observatoire a condamné les campagnes d’arrestation menées par les forces de sécurité irakiennes à Basra contre un certain nombre de leaders de manifestations pacifiques et de militants de la société civile qui demandent des réformes et rejettent la corruption. Une dizaine d’activistes auraient été arrêtés dont : Ali al-Zebni et Osama Abd Ali Hussein, Ali Alaa Jabbar, Hasan Alaa Hassan, Abbas Salim Obaid, Ali Bassem Abboud, Abdul Rahman, Nazem Abdul Rahman et d'autres.

Euro-Med a souligné que les services de sécurité utilisent des balles réelles et des bombes à gaz contre les manifestants pacifiques exigeant le changement du gouverneur actuel, "Asaad al-Eidani", après avoir échoué à améliorer les services humanitaires des citoyens. Les manifestants ont également exigé la responsabilisation des responsables de la mort des manifestants lors des manifestations similaires cette année.

« Les documents constitutionnels successifs en Irak ont garanti le droit de réunion pacifique et la liberté d’expression. L'article (26) de la constitution irakienne de 1970 garantit la liberté d’opinion, de publication, de réunion, de manifestation et de formation de partis politiques, syndicats et sociétés conformément aux objectifs de la Constitution et dans les limites de la Loi. Et l’Etat s’efforcera de fournir les moyens nécessaires à la mise en pratique de ces libertés" a déclaré Mohamed Emad, chercheur en droit à Euro-Med. Il a ajouté que les manifestations pacifiques à Basra ne constituaient en aucune manière une violation de la loi, mais reflètent les justes exigences des citoyens qui exigent l’amélioration de leurs conditions de vie et la lutte contre le chômage.

Après 2003, l’Irak a été témoin de la publication de plusieurs documents constitutionnels qui garantissaient la liberté de manifester conformément à l’article 13 (e), qui stipule « le droit de manifester pacifiquement et de faire grève conformément à la loi ».

 

   Les enlèvements et les détentions violent les dispositions de la loi et de la Constitution irakiennes et suppriment leur droit d’exiger de meilleures conditions de vie   

Selin Dyson, Porte-parole d'Euro-Med

 

Elle a aussi insisté sur le rôle du gouvernement et de ses forces de sécurité qui les appellent à maintenir la sécurité des civils et la réalisation de leurs aspirations humanitaires.

Dyson a exhorté le gouvernement irakien à modifier sa politique visant à supprimer les libertés des Irakiens et à les soumettre à diverses formes de violence, telles que l’utilisation des balles réelles et des arrestations, appelant les autorités à écouter les demandes des manifestants et à protéger les défenseurs-es des droits de l'Homme conformément à la loi.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme a appelé le gouvernement irakien à traduire en justice les responsables des enlèvements et des fusillades, et à libérer les détenus sur le fond de la liberté d’opinion et d’expression. Euro-Med a également appelé le gouvernement à répondre aux demandes des manifestants et à effectuer des réformes économiques et politiques pour assurer la fourniture des services de base aux citoyens de manière équitable et régulière.