Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a condamné aujourd'hui l'exécution de trois personnes par le gouvernement bahreïnien. Euro-Med a déclaré que l'incident constituait un crime contre l'humanité et un indicateur de la situation précaire des droits de l'Homme dans les États du Golfe.

Ali Arab, 25 ans, et Ahmad Melli, 24 ans, de nationalité bahreïnienne, ont été arrêtés séparément par les forces de sécurité le 9 février 2017. Ils ont été reconnus coupables d'infractions terroristes par un tribunal avant d'être condamnés à mort le 31 janvier 2018.

L'Observatoire a confirmé que les deux personnes avaient été soumises à d'atroces tortures lors de l'enquête menée par les autorités bahreïniennes, qui avaient également commis de graves violations des droits de l'Homme et de normes de procédure régulière.

Selon les informations parvenues à Euro-Med, la Cour de cassation a confirmé la peine de mort prononcée le 6 mai en vertu de la loi bahreïnienne,  avant de transmettre la décision finale au roi Hamad bin Isa al-Khalifa.

Le 30 mai, 13 groupes internationaux de défense des droits de l'Homme ont écrit une lettre conjointe au roi Hamad bin Isa al-Khalifa concernant l'affaire d'Arab et Melli. Les groupes se sont déclarés préoccupés par le prononcé des deux condamnations à mort étant donné que leurs aveux avaient été obtenus sous la torture et que leur droit à un procès équitable avait été violé.

En vertu de la législation bahreïnienne, le roi détient l'autorité suprême en matière de peine capitale. La troisième exécution effectuée au Bahreïn a ciblé aujourd'hui un muezzin de la mosquée après avoir été reconnu coupable d'une affaire criminelle.

Euro-Med a souligné que divers accords internationaux affirment collectivement le droit de l’Homme à la vie et la nécessité de mettre fin à la peine de mort, tels que l’article VI du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. La Convention sur l’abolition de la torture de 1984 interdit également les comportements inhumains, la torture et la peine de mort contre les prisonniers et autres personnes accusées d’activités criminelles.

« La situation des droits de l'Homme au Royaume du Bahreïn connaît un déclin rapide et dangereux depuis des années. Les autorités bahreïnies violent ouvertement les droits des médias et des militants des droits de l’Homme sous prétexte de s’opposer au roi et au régime", a déclaré Mohamed Emad, chercheur juridique à Euro-Med.

Emad a déclaré que les violations incluaient la fermeture d'institutions de défense des droits de l'Homme et des médias, ainsi que des arrestations pour motivation sectaire. En outre, de nouvelles lois ont été adoptées, accordant aux forces de sécurité des pouvoirs d'enquête et de sanction plus étendus. Les personnes arrêtées n'ont pas été autorisées à rencontrer leurs avocats ni à se défendre, bien qu'elles soient toutes deux garanties par le droit international et par la constitution bahreïnienne.

Emad a souligné qu'Euro-Med avait documenté un certain nombre de violations des droits de l'Homme à Bahreïn, en particulier depuis le début du mouvement de réforme interne en 2011. Ces violations incluent la torture et le traitement inhumain de détenus. Cependant, exécuter des dissidents est une escalade alarmante, signalant qu'en 2017, trois citoyens ont été exécutés sur des accusations de terrorisme.

"L’exécution de trois citoyens par les autorités bahreïnies aujourd’hui est un indicateur grave de violation des droits humains fondamentaux garantis par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et le Pacte International relatif aux droits civils et politiques,"  a souligné Emad.

Euro-Med a critiqué le silence des Nations Unies et de l’Union européenne concernant les violations flagrantes des droits de ses citoyens par le Bahreïn. Euro-Med a également appelé à la formation d’une commission spéciale de l’ONU chargée de surveiller la situation des droits de l’Homme au Royaume du Bahreïn en général.