Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme suit avec une grande préoccupation la dispersion forcée des manifestations par les forces de sécurité irakiennes dans le centre de Bagdad et un certain nombre de gouvernorats du sud qui ont été organisés pour condamner la corruption et réclamer de meilleurs services et créer plus d'opportunités d’emplois.  Les rapports indiquent que deux personnes ont été tuées et des centaines d'autres blessées.

Des milliers d’Irakiens sont descendus dans la rue hier lors de manifestations organisées pour protester contre les pratiques et les politiques du gouvernement, la propagation de la corruption dans les institutions de l’État, et l’arrestation d’un certain nombre d’activistes.

Selon des témoignages de manifestants et de sources irakiennes des droits de l’homme, les forces de sécurité ont attaqué les manifestants et ont utilisé des balles réelles contre plus d’une manifestation, en particulier dans les gouvernorats du sud du pays. En conséquence, deux civils ont été tués et 286 autres ont été blessés, tandis que 30 membres du personnel de sécurité ont été blessés lors de la dispersion d’un sit-in sur la Place de la Liberté au centre de la capitale irakienne.

Récemment, les forces du gouvernement irakien ont imposé des mesures de sécurité strictes et arrêté un certain nombre d’activistes.

Ces manifestations sont les premières du genre contre le gouvernement actuel, qui achèvera sa première année au pouvoir à la fin du mois Octobre.

Les images acquises par Euro-Med montrent un certain nombre de manifestants blessés avec des balles réelles, tandis que d’autres se sont évanouis après que les forces de sécurité ont sévi sur les manifestations avec des balles et des gaz lacrymogènes.

Selon Euro-Med, bien que la manifestation ait été dispersée dans le centre de Bagdad, les manifestants sont revenus à un sit-in sur un pont voisin menant à la zone verte, qui abrite l’ambassade des États-Unis et le siège du gouvernement irakien.

Les manifestants ont utilisé des slogans contre la corruption endémique du pays et contre ce qu’ils ont appelé la "classe dirigeante", protestant contre la perturbation continue des services de base tels que l’électricité et l’eau potable.

L’Irak est le 12e pays le plus corrompu au monde, selon Transparency International.

Euro-Med a exhorté le gouvernement irakien à respecter les droits des manifestants et à écouter leurs revendications plutôt que d’utiliser une force excessive pour disperser les manifestations, ce qui constitue une violation des droits de l’homme et de la liberté d’expression.

La répression des rassemblements pacifiques et l’agression contre les manifestants constituent une violation flagrante de la Constitution irakienne et des obligations internationales de l’Irak, en particulier de l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme a souligné que les Principes fondamentaux de l’ONU sur le recours à la force et aux armes à feu prévoient que les responsables de l’application de la loi ne peuvent recourir à la force que si d’autres moyens sont inefficaces ou ne permettent pas d’atteindre le résultat souhaité.

Euro-Med a appelé le Premier ministre irakien Adel Abdul Mahdi à ouvrir une enquête immédiate et impartiale pour garantir la responsabilité de ceux qui ont agressé ou tiré des balles sur des manifestants pacifiques. Le Parlement irakien devrait responsabiliser tous ceux qui ont donné l’ordre de disperser le sit-in pacifique par une force excessive conformément à la loi irakienne et aux normes du droit international, a ajouté Euro-Med.