Genève – L’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme a déclaré que les autorités algériennes travaillent sans relâche pour organiser des élections présidentielles contrairement au souhait d'une grande partie de la société algérienne, qui aspirent à établir un système démocratique basé sur un transfert pacifique du pouvoir.

Euro-Med a exprimé dans une déclaration sa grave préoccupation après qu’un tribunal algérien ait condamné quatre manifestants à 18 mois de prison pour avoir perturbé la campagne d’un candidat à la présidence qui devait se tenir le 12 décembre.

Euro-Med a expliqué que les autorités de sécurité ont lancé ces dernières semaines des campagnes d'arrestation contre des dizaines d’activistes et de journalistes éminents, y compris: Hakim Addad, le fondateur de la Youth Action Society, le président actuel Abdel Wahab Farsawi et neuf autres membres de la société, en plus de l’éminent opposant Karim Tabu, le secrétaire général de l’ancien Front des forces socialistes (FFS), les militants Samir Belarbi, Fadhel Boumala, et les journalistes Said Boudoirs et Mustapha Benjama, qui ont été libérés plus tard en instance de jugement.

Euro-Med a souligné que les détenus ont été soumis à des interrogatoires par les équipes d’enquête et ont été accusés d’un certain nombre d’accusations,  notamment "d'atteinte à l'intégrité de la patrie", punissable par une peine d'emprisonnement de 1 à 10 ans, en vertu de l’article 79 du Code Pénal Algérien.

Depuis le mois de février, le mouvement populaire algérien demande le renvoi des alliés de l’ancien Président Abdel Aziz Bouteflika, qui ont démissionné le 2 avril. Le chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense, Kaid Salih, est l’homme le plus puissant du pays. Le 26 août, il a rejeté les revendications des manifestants d'une étape intermédiaire.

Cinq candidats à l'élection présidentielle algérienne ont commencé leur campagne cette semaine, tous ayant des liens étroits avec l’establishment au pouvoir.

 « L’insistance de l’establishment militaire à tenir des élections dans sa forme actuelle, et son mépris total de la voix de la rue, soulèvent de réelles préoccupations quant au fait que le pays restera sous le contrôle du gouvernement militaire. Elle affaiblit les chances de bâtir une saine voie démocratique fondée sur une alternance pacifique du pouvoir. »  a déclaré Anas Al-Jerjawi, directeur du bureau régional d'Euro-Med.

AlJerjawi a ajouté que les commandants de l'armée devraient se rendre compte que des élections non consensuelles ne résoudront pas la crise actuelle, écouter les revendications des manifestants, engager un dialogue sérieux et authentique avec eux et mettre en œuvre les recommandations de l'issue de ce dialogue sans conditions ne pourrait mettre fin à la crise dans le pays et non par des mesures unilatérales.

Les hommes de Bouteflika comprennent des candidats à la présidence comme Ali Benflis, qui a servi comme Premier ministre de 2000 à 2003, et l’ancien Premier ministre Abdelmajid Tebboun qui a servi pendant trois mois seulement entre mai et août 2017, ainsi que d’autres ministres qui ont servi sous l’ancien régime.

Euro-Med a noté que permettre à ces candidats de se présenter aux élections est totalement contraire au souhait des manifestants de changer radicalement le régime qui a dirigé l'Algérie pendant deux décennies sans respect des droits de l'homme, de la liberté d'opinion et d'expression garantie par la Constitution Algérienne.

Euro-Med a appelé les autorités algériennes, et les autorités militaires en particulier, à reporter les élections et à parvenir à un accord avec différentes forces politiques et représentants des manifestants sur une formule prévoyant la tenue d'élections de manière à garantir la véritable transition démocratique de l’Algérie, appelant les autorités à libérer tous les activistes et journalistes arrêtés depuis l’éclatement des manifestations.

Des dizaines de milliers d'Algériens continuent de manifester chaque semaine à la suite de la démission de Bouteflika pour rejeter le plan électoral présidentiel du 12 décembre, qui réitère le règne de Bouteflika sur les Algériens.