Genève - L’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme a exhorté les autorités irakiennes à ouvrir une enquête approfondie sur tous les meurtres, enlèvements et tortures dont l’Irak a été témoin depuis le début des manifestations le 1 octobre dernier et à garantir son indépendance et à libérer tous les manifestants détenus accusés d’avoir participé à des manifestations, à moins qu’ils ne soient accusés ou condamnés conformément à la loi irakienne.

 

Dans un rapport publié le 19 décembre 2019, Euro-Med a déclaré que les manifestations en Irak étaient pacifiques et semblaient spontanées, sans ingérence ni invitation d’aucun parti politique ou religieux, et les slogans et les chants des manifestants dans les rues ont continué d’exprimer leurs revendications lors des rassemblements populaires, malgré la force excessive et le recours à des mesures de sécurité répressives par les milices armées du gouvernement irakien.

Le rapport, intitulé " Audace du crime et absence de justice", a mis en évidence les violations les plus importantes auxquelles les manifestants irakiens sont encore soumis, selon les témoignages recueillis et documentés par les victimes de ces attaques, en plus des raisons qui ont conduit les Irakiens à descendre dans les rues pour protester contre les conditions tragiques vécues par le pays comme la corruption généralisée, le manque de services, et la pauvreté généralisée.

 

Tariq Iliwa, chercheur à Euro-Med, a déclaré : « Bien que le gouvernement irakien ne reconnaisse pas la légalité du mouvement populaire à Bagdad et dans le reste des provinces, d’un point de vue juridique, la Constitution irakienne de 2005 a souligné l’importance de respecter le droit de manifester pacifiquement et la liberté d’opinion et d’expression, tel que le droit international l’a également affirmé dans de nombreux pactes et traités internationaux.»

Iliwa a ajouté que les forces gouvernementales et les milices armées ont procédé à des enlèvements et des disparitions forcés pour intimider les manifestants, dans le but de réduire l’intensité des manifestations jusqu'à leur arrêt.

Selon le rapport de 15 pages, les forces gouvernementales irakiennes et les milices armées ont adopté, depuis le déclenchement des manifestations, un certain nombre de méthodes répressives et brutales contre les manifestants, tuant des centaines, assassinant des dizaines d’activistes, arrêter et enlever des milliers de manifestants, et fermer un certain nombre d’institutions et de bureaux de presse.

Le rapport documente les témoignages de détenus, dont certains ont été libérés, tandis que d’autres sont morts à la suite de la torture par les forces de sécurité ou les milices armées, y compris l’activiste Hassan al-Husayni al-Husayni, qui a été enlevé le 25 novembre par les forces de sécurité portant des vêtements civils alors qu’il était à l’une des manifestations. Il a été retrouvé vivant dans la zone d’Ibrahimiya huit heures après son enlèvement, avec des signes de torture sur son corps.

Selon les témoignages recueillis par Euro-Med, des centaines de détenus ont été torturés de diverses façons, comme des coups, l’utilisation de bâtons électriques, la pendaison et d’autres moyens cruels et dégradants.

Le rapport fournit des statistiques sur les manifestations qui ont eu lieu dans les villes irakiennes, selon la documentation de l’équipe d’Euro-Med et du Haut-Commissaire aux droits de l’homme en Irak du 1 octobre au 15 décembre.

Euro-Med a appelé les autorités irakiennes, conformément à leurs engagements internationaux, à respecter les droits de l’homme en prenant toutes les procédures exécutives, législatives et judiciaires pour s’assurer que les Irakiens puissent jouir de leur droit à des manifestations pacifiques et à la liberté d'opinion et d'expression.

Euro-Med a souligné que les forces de sécurité devraient s’engager à respecter les principes fondamentaux des Nations Unies sur l’utilisation de la force et des armes à feu par les autorités répressives.

Euro-Med a recommandé qu’il soit nécessaire de poursuivre tous les dirigeants et responsables des violations commises contre les manifestants, appeler les autorités à respecter le droit des manifestants à une assemblée pacifique tant qu’il s’agit d’un droit constitutionnel affirmé par la Constitution irakienne et à s’abstenir d’utiliser la force contre eux. Ceux qui sont impliqués dans de telles violations déclenchent souvent des sanctions pénales à leur encontre sur le plan interne ou international.

Euro-Med a appelé les autorités irakiennes à répondre aux demandes des manifestants en adoptant un ensemble de réformes juridiques, économiques et sociales. L’Observatoire a conclu en exhortant l’autorité législative à adopter une loi réglementant le droit de manifestation et de réunion pacifique de manière à garantir la levée de toutes les restrictions aux droits garantis par le droit international humanitaire.