Genève – L’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme suit avec une vive préoccupation la dégradation continue de la sécurité en Algérie depuis des jours, surtout à la lumière des arrestations arbitraires et des décisions judiciaires qui ne sont pas fondées sur des justifications juridiques contre des manifestants et des membres du mouvement populaire (Hirak).

Dans un communiqué de presse, Euro-Med a mis en garde contre une tendance gouvernementale à profiter de  la crise du nouveau virus de Corona et de suspendre les manifestations dans le pays pour exécuter des représailles contre les militants du mouvement populaire.

Mercredi dernier, les autorités algériennes ont arrêté le journaliste Khaled Drareni, fondateur du site Casbah Tribune et correspondant d’une chaîne française. Il a été incarcéré pour avoir couvert des manifestations de rue.

L’emprisonnement de Drareni, ordonné par la Chambre d’accusation, a remplacé une décision antérieure du juge d’instruction de la cour de Sidi Mohamed, qui l’a placé sous surveillance judiciaire.

Entre-temps, les autorités algériennes ont également arrêté l’acteur Ahmed Bouanani pour avoir insulté un organisme gouvernemental, après avoir publié une vidéo dans laquelle il critiquait les autorités.

Abbad Kada, procureur adjoint de la Cour de Tiaret, en Algérie occidentale, a été arrêté pour avoir divulgué des documents et des dossiers contenant des informations sur un journaliste dissident. Toutefois, le Syndicat des juges a conclu que l’arrestation avait été effectuée dans un esprit de représailles contre Kada.

En outre, mardi dernier, la Cour d’appel en Algérie a condamné l’éminent dissident Karim Tabou à un an de prison pour "incitation à la violence" et "violation de la sécurité nationale." Tabou était détenu depuis septembre pour avoir soutenu le mouvement de résistance populaire.

Des activistes se sont récemment plaints d’une campagne d’arrestations qui touchaient leurs représentants, notamment Ibrahim Al-Dawaji, Suleiman Humaitoush et Samir Belarbi. Ils préviennent des efforts pour faire appel de décisions en faveur d’un certain nombre d’activistes.

Ces actions interviennent après que les armes politiques et civiles du mouvement de résistance populaire se soient mises d’accord le 16 mars pour suspendre temporairement les manifestations par crainte de la propagation du nouveau coronavirus.

L’escalade de la sécurité semble être conçue pour exploiter la crise du COVID-19, en l’utilisant pour riposter contre des dirigeants activistes. Tous les détenus politiques doivent être libérés immédiatement, les promesses du président algérien Abdelaziz Taboun de mettre en œuvre des réformes et d’introduire de nouvelles libertés doivent être honorées, et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que l’Algérie a ratifié en 1989, doit être respecté.