Genève - L’abandon de près de 400 migrants et demandeurs d’asile en Méditerranée centrale à bord de bateaux commerciaux et d’ONG qui continuent de combler le vide que la négligence de l’Europe a provoqué et qui sont souvent le seul espoir pour les personnes en danger en mer est profondément alarmant, a mis en garde l’Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme dans une déclaration. L’Italie et Malte devraient immédiatement permettre le débarquement de tous les demandeurs d’asile à bord du pétrolier Maersk Etienne et du bateau Sea-Watch 4 et leur fournir l’assistance juridique et humanitaire nécessaire.


Le bateau de recherche et de sauvetage battant pavillon allemand Louise Michel, financé par l’artiste de rue britannique Banksy, a dépassé sa capacité de transport sécuritaire après avoir sauvé 219 migrants au large des côtes libyennes depuis jeudi, et s’est retrouvé bloqué dans la Méditerranée centrale, incapable de se déplacer. L’équipage du petit navire a publié une série de tweets demandant une assistance immédiate de la part des autorités italiennes, maltaises et allemandes, non seulement pour son pont surpeuplé, mais aussi pour porter le corps d’un migrant qui était mort plus tôt en mer.

Après avoir été ignoré pendant deux jours, ses appels ont finalement été accueillis samedi par les garde-côtes italiens et le navire de bienfaisance battant pavillon allemand Sea - Watch 4. Les autorités italiennes ont recueilli 49 migrants particulièrement vulnérables et les ont emmenés sur l’île de Lampedusa tandis que les survivants restants étaient transférés sur le Sea-Watch 4, qui transporte actuellement 353 personnes secourues et attend toujours un port d’accueil.

Un troisième bateau se retrouve également impuissant dans la mer Méditerranée. Le pétrolier commercial danois Maersk Etienne, transportant un groupe de 27 migrants et réfugiés tout juste évadés de Libye, est à la recherche d’un port de débarquement sûr depuis le 5 août.

« Une fois de plus, l’Europe se révèle être une forteresse inaccessible pour les indésirables », a déclaré Michela Pugliese, chercheuse à l’Euro-Med. « Beaucoup de ces 400 personnes souffrent de brûlures de carburant, de déshydratation, d’hypothermie et de blessures traumatiques. Certains sont en mer depuis des semaines, d’autres depuis près d’un mois. Faute d'une capacité de recherche et de sauvetage dirigée par l’UE en Méditerranée et d’un mécanisme régional de débarquement, l’Europe met encore plus en danger les personnes déjà en danger. »

En vertu du Droit International, notamment de la Convention Internationale de 1974 pour la sauvegarde de la vie humaine en mer, de la Convention Internationale de 1979 sur la recherche et le sauvetage maritimes et de la Convention des Nations Unies de 1982 sur le droit de la mer, les personnes en détresse en mer doivent être secourues. « Avec toute la rapidité possible » et dans un lieu sûr, où leur vie n’est plus menacée, où leurs besoins humains fondamentaux sont satisfaits et où une véritable possibilité de demander l’asile leur est offerte, indépendamment de leur nationalité ou de leur statut ou des circonstances dans lesquelles ils se trouvent.

Euro-Med appelle Malte et l’Italie à permettre le débarquement en toute sécurité des 27 migrants à bord du pétrolier Maersk Etienne et des 353 personnes à bord du Sea-Watch 4, à reconnaître leur droit de demander l’asile, conformément à l’article 14 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme, et de pourvoir à leurs besoins médicaux, à leur protection et à d’autres besoins fondamentaux.

Euro-Med appelle les États membres de l’UE à fournir immédiatement un soutien concret aux pays d’Europe du Sud comme l’Italie et Malte, conformément à la Convention de 1951 sur les réfugiés qui reconnaît que « l’octroi de l’asile peut imposer un fardeau trop lourd à certains pays et […] ne peut donc être réalisé sans la coopération internationale ». Pour ce faire, les pays de l’UE doivent prendre conscience de la nécessité de traiter conjointement les flux migratoires dans la mer Méditerranée, également en coopération avec les bateaux des ONG de recherche et de sauvetage et d’autres organisations et agences pertinentes, afin de trouver des solutions durables dans le respect du droit international et des droits humains des migrants.