Nous sommes profondément alarmés par la rhétorique hostile croissante du gouvernement français envers l'Islam, qui ne peut qu'exacerber les tensions dont le gouvernement prétend se préoccuper, a déclaré aujourd'hui l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme. Une telle rhétorique contribue essentiellement à rendre dangereusement les communautés musulmanes en France une cible facile pour la droite française et les groupes ultranationalistes pour diaboliser, discriminer et blâmer les problèmes internes. La France doit se conformer aux lois internationales et européennes qui stipulent le respect de toutes les religions et le caractère sacré des symboles religieux, en particulier envers la religion islamique à un moment où elle a été fortement ciblée par les groupes populistes et d'extrême droite.

   De défendre le ridicule, la moquerie ou la diabolisation des symboles religieux ou des croyances d'une communauté musulmane fortement ciblée , c'est encourager de telles actions et contribuer à l'incitation contre ce groupe vulnérable   

Dr.Ramy Abdu, président d’Euro-Med Monitor

Au début de ce mois, le président français, Emanuel Macron, a fait des remarques très controversées sur les communautés musulmanes en France et sur l'Islam en général. "L'Islam est une religion qui est en crise partout dans le monde aujourd'hui, nous ne le voyons pas seulement dans notre pays", a-t-il déclaré, promettant de sévir contre le "radicalisme islamiste" et le "séparatisme islamique".

En s'engageant à sévir contre une version de l'islam qu'il juge défavorable et à travailler à la production d'une autre version qu'il juge plus compatible avec les principes français, le président Marcon viole substantiellement l'article 1 de la loi de 1905. Cette loi française stipule la séparation de l'État et des institutions religieuses, mais l'essentiel de la rhétorique du président Macron consiste à demander à l'État de s'immiscer dans les affaires de la religion islamique et de lui imposer sa vision et ses principes.

Quelques semaines avant cette déclaration controversée, le président Macron avait défendu la moquerie des symboles religieux islamiques tels que le prophète Mohammed comme une question de liberté d'expression. Le président Macron a en outre fait remarquer que les personnes qui demandent la citoyenneté française devraient accepter le "droit de la France de commettre des blasphèmes", ajoutant qu'"être français, c'est défendre le droit de faire rire, de critiquer, de se moquer, de caricaturer".

Cependant, la responsabilité de protéger les minorités persécutées, désespérées et fortement ciblées devrait passer avant le droit de se moquer.

"Il n'y a pas de satire à se moquer ou à cautionner la moquerie des personnes vulnérables, de leur identité et de leurs croyances. Il est plutôt sadique", a noté Dr.Ramy Abdu, président d’Euro-Med Monitor, "de défendre le ridicule, la moquerie ou la diabolisation des symboles religieux ou des croyances d'une communauté musulmane fortement ciblée - qui comprend un grand nombre de survivants traumatisés de la guerre et des conflits - c'est encourager de telles actions et contribuer à l'incitation contre ce groupe vulnérable".

Les commentaires et les généralisations insensibles de Macron ne font qu'alimenter la rhétorique islamophobe et donner du crédit à leurs plates-formes haineuses, surtout à un moment où les communautés musulmanes en France sont la cible de dénigrement politique.

Par exemple, en 2018, le maire de la ville de Beaucaire, dans le sud de la France, a interdit les alternatives au porc dans les cafétérias des écoles, en insistant sur le fait que les exceptions religieuses au menu violent les principes républicains tant vantés de la France. Cette décision est intervenue un an après qu'un tribunal français, celui de Chalon-sur-Saône en Bourgogne, ait décidé que les écoles devaient proposer une alternative au porc dans les cantines scolaires dans l'intérêt des enfants musulmans et juifs qui ne mangent pas de viande.

À la suite de la décapitation horrible et largement condamnée d'un instituteur français, Samuel Paty, à la mi-octobre par un extrémiste tchétchène de 18 ans, deux touristes musulmans jordaniens ont été violemment agressés dans la ville d'Angers, dans l'ouest de la France.

Euro-Med Monitor a souligné que la France doit respecter le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion conformément à l'article 5 de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, à l'article 18 de la Déclaration Universelle des droits de l'homme et à l'article 9 de la Convention Européenne des droits de l'homme.

Le gouvernement français devrait faire preuve de respect et de solidarité envers la communauté musulmane à un moment où elle est souvent la cible de harcèlement et de ciblage, au lieu de s'associer au ciblage de l'Islam pour des raisons politiques et d'opportunisme électoral.