Genève - Les autorités kurdes du Kurdistan irakien sont responsables des attaques des gardes du siège des partis politiques contre les manifestations pacifiques dans plusieurs gouvernorats, car il leur incombe de maintenir la sécurité et l'ordre dans la région, a déclaré jeudi l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme.

Du 7 au 9 décembre, sept manifestants ont été tués, dont deux enfants (13 et 15 ans), et d'autres ont été blessés ou arrêtés aux mains des gardes du siège de l'Union patriotique du Kurdistan, du Parti national du Kurdistan et du Mouvement de Gorran. Réclamant le paiement de leurs salaires impayés et le renversement du gouvernement régional, les manifestants ont été directement pris sous le feu des tirs lors de leur rassemblement près des sièges des trois partis dans différentes régions du gouvernorat de Soulaïmaniyah.

Euro-Med Monitor a obtenu les noms des personnes victimes : Adham Yahya (région de Chamchamal), Ako Salman (district de Kifri), Sarbast Othman (région de Darbandikhan), Harim Ali (district de Sayed Sadiq), Hiwa Fouad (région de Taki), Kawa Muhammad (région de Sayed Sadiq), et Muhammad Omar (région d'Arbat).

Dans son témoignage à Euro-Med Monitor, Muhammad Sami (Pseudonyme), qui est un témoin oculaire du meurtre du jeune homme Adham Yahya de la région de Chamchamal dans le gouvernorat de Sulaymaniyah, a déclaré "Lors de notre rassemblement devant le siège du Parti démocratique du Kurdistan dans la région de Chamchamal, dans le gouvernorat de Soulaïmaniyah, le lundi 7 décembre vers 17 heures, nous avons été surpris lorsque les gardes ont tiré de lourdes balles sur nous. En conséquence, Adham Yahya a reçu une balle dans la tête. Nous avons essayé très fort de l'aider, mais nous n'avons pas pu quitter les lieux et nous rendre à l'hôpital en raison de l'intensité des tirs. Il a saigné pendant plusieurs minutes, puis il est décédé". Il a été rapporté que certains manifestants ont incendié les sièges de plusieurs partis dans la région, une action violente qui ne justifie en aucune façon les meurtres ou la répression de manifestations pacifiques. En raison des protestations continues à Sulaymaniyah et Halabja, les autorités ont bouclé la région et déclaré un couvre-feu de 24 heures le 8 décembre.

Depuis le début de ce mois, les autorités ont mené des attaques contre les nouvelles manifestations à Sulaymaniyah. Le 3 décembre, les forces de sécurité ont attaqué les manifestants en utilisant des balles réelles et en caoutchouc ainsi que des gaz lacrymogènes et ont arrêté 23 militants et 12 enseignants, qui ont été libérés peu après.

Dans une déclaration publiée mercredi, le Comité suprême de sécurité de la région, dirigé par le Premier ministre du Kurdistan irakien, Masrour Barzani, a interdit toute manifestation non autorisée et a donné aux forces de sécurité le feu vert pour mettre fin aux manifestations et les traiter conformément à la loi.

Permettre aux citoyens d'exprimer pacifiquement et librement leurs opinions est un droit garanti par la loi irakienne et les conventions internationales pertinentes. L'article 11 de la loi sur la liberté d'expression, les rassemblements et les manifestations pacifiques stipule que "les autorités de sécurité sont chargées d'assurer la protection des manifestants, si le rassemblement ou la manifestation ont été autorisés conformément à la loi, et il est interdit de recourir à la force pour disperser le rassemblement ou les manifestants, sauf si cela conduit à déstabiliser la sécurité ou à blesser des personnes, et à endommager des biens ou de l'argent". De même, l'article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques stipule que "Le droit de réunion pacifique est reconnu. L'exercice de ce droit ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui sont imposées conformément à la loi...".

 

Les autorités de la région du Kurdistan irakien devraient :

  • Ouvrir une enquête urgente sur les crimes d'agression des manifestants ;
  • Tenir tous les auteurs responsables, quelles que soient les considérations ;
  • Prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection des manifestants pacifiques ;
  • Garantir le droit de manifestation et de rassemblement pacifique des manifestants, qui est garanti par les lois nationales et internationales.