Genève - L'arrestation du journaliste jordanien Jamal Haddad, l'éditeur du site web al-Waqaai' News, par la Cour de sûreté de l'Etat est une restriction grave de la liberté de la presse au Royaume de Jordanie, a déclaré l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme.

 

Euro-Med Monitor a déclaré que les autorités jordaniennes ont détenu Haddad dans la prison de Marka, après que la Cour de sûreté de l'Etat l'ait inculpé de plusieurs chefs d'accusation pour avoir publié un rapport révélant que plusieurs fonctionnaires avaient reçu le vaccin contre le coronavirus. Haddad a exprimé ses critiques à l'égard du gouvernement en raison de la contradiction entre les déclarations officielles sur le vaccin.

Euro-Med Monitor a déclaré qu'il n'était pas en mesure de lire la liste des accusations portées contre Haddad, mais selon les médias locaux, les charges retenues contre lui comprenaient "la mise en danger de la sécurité de la société, la création de discorde, le trouble de l'ordre public et la création de terreur parmi les gens".

 

Selon le témoignage du journaliste jordanien Alaa Al-Deeb à Euro-Med Monitor, Haddad a été contacté le mercredi 23 décembre par la sécurité jordanienne, et il a été convoqué à la Cour de sûreté de l'État le lendemain. Le jeudi, il a reçu une liste d'inculpation et a été arrêté pendant sept jours, puis transféré à la prison de Marka.

 

Un certain nombre de journalistes jordaniens ont organisé une manifestation devant le Syndicat des journalistes à Amman, considérant l'arrestation de Haddad comme une attaque contre le travail de la presse qui affecte négativement le niveau des libertés dans le pays.

 

Basil Al-Akour, l'éditeur du site web Go24, a déclaré à Euro-Med Monitor que ces pratiques visent à intimider les journalistes et à perturber leur travail, exprimant sa crainte que les autorités ne restreignent davantage le travail de la presse dans le pays.

 

Pour sa part, le Syndicat des journalistes jordaniens a publié une déclaration sur l'arrestation de Haddad, dans laquelle il rejette "l'idée de traduire les journalistes devant la Cour de sûreté de l'État et de les juger sur la base de la loi sur la prévention du terrorisme", soulignant que "ce tribunal n'est pas compétent pour les affaires liées à la liberté d'expression", et demandant "la libération immédiate de Haddad et le renvoi de l'affaire devant les tribunaux civils compétents".

 

L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a souligné la nécessité du respect par le gouvernement jordanien des lois et des chartes locales et internationales qui garantissent la liberté de la presse, y compris la Constitution jordanienne, dont l'article 15 stipule que "l'Etat garantit la liberté d'opinion". Tout Jordanien est libre d'exprimer son opinion par la parole, par écrit, ou par le biais de représentations photographiques et d'autres formes d'expression, à condition que cela ne viole pas la loi". L'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme stipule que "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit".

 

Euro-Med Monitor souligne qu'il est inadmissible de traduire des journalistes devant des tribunaux militaires en raison de leur travail, car l'arrestation de journalistes en raison de leur travail doit être basée sur la loi jordanienne sur la presse et les publications, et de les traduire devant des tribunaux civils. Euro-Med Monitor fait référence à l'article 41/A de la loi jordanienne sur la presse et les publications, qui stipule que "A. Le tribunal de première instance examine tous les crimes commis en violation des dispositions de la présente loi et donne la priorité à toutes les affaires de presse".

 

De plus, Euro-Med Monitor appelle les autorités jordaniennes à libérer immédiatement et sans condition Jamal Haddad, et à mettre fin à toutes les mesures qui porteraient atteinte à la liberté de la presse dans le pays, et qui ont un effet négatif sur le respect des normes démocratiques.

 

Euro-Med Monitor exhorte également les autorités jordaniennes à respecter leurs lois nationales, qui stipulent que les journalistes doivent être traduits devant des tribunaux civils.