Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a exprimé sa profonde inquiétude aujourd'hui, jeudi, au sujet de la perte de dizaines de demandeurs d'asile et de migrants après le coulage de leur bateau en Méditerranée, appelant l'Union Européenne à participer activement au sauvetage des migrants et à mettre fin aux interceptions et aux expulsions illégales.

 

   les migrants et les demandeurs d'asile bénéficient de diverses protections en vertu du droit international des droits de l'homme et du droit des réfugiés   

 

Euro-Med Monitor a déclaré que 41 migrants ont disparu après le naufrage d'un bateau en caoutchouc dans les eaux méditerranéennes reliant l'Italie à la Libye, tandis qu'un navire marchand a réussi à sauver 77 autres personnes qui se trouvaient à bord du même bateau, et que les équipages de l'Organisation internationale pour les migrations les ont ensuite transportés vers le port de Porto Empédocle, en Sicile, en Italie.

Euro-Med Monitor a également renouvelé son appel à l'Union Européenne pour lancer des missions officielles permanentes de sauvetage afin de réduire le nombre de victimes de naufrages en Méditerranée, et de mettre fin aux expulsions de migrants et de demandeurs d'asile vers des pays non sécurisés où ils sont soumis à de graves violations souvent assimilables à des meurtres, des disparitions forcées, des viols et d'autres violations brutales.

Selon les témoignages recueillis par Euro-Med Monitor, le bateau a quitté les côtes libyennes le 18 février avec environ 120 personnes à bord, dont 4 enfants et 6 femmes, dont une femme enceinte. Après environ 15 heures de navigation vers la côte italienne, l'eau a commencé à s'infiltrer dans le bateau et les passagers ont essayé d'appeler à l'aide de différentes manières, mais ces tentatives ont été vaines et n'ont pas réussi à apporter une aide immédiate. Trois heures plus tard, un navire marchand est arrivé sur les lieux de l'accident et a réussi à secourir 77 migrants.

Euro-Med Monitor a confirmé que les politiques européennes sévères en matière d'immigration et les opérations illégales de refoulement et de renvois faisaient de la Méditerranée l'une des voies de migration les plus dangereuses au monde, et que les passeurs augmentaient les extorsions de migrants et de demandeurs d'asile et les empilaient dans des navires en mauvais état, les poussant à emprunter des voies dangereuses et des trajets maritimes où plus de 160 personnes ont été victimes du naufrage, selon les données de l'Organisation Internationale pour les Migrations.

Il a souligné que les migrants et les demandeurs d'asile bénéficient de diverses protections en vertu du droit international des droits de l'homme et du droit des réfugiés, notamment le principe de non-refoulement, qui protège tous les migrants contre l'expulsion ou le retour dans des environnements dangereux, quel que soit leur statut d'immigration ou d'asile.

D'après l'Organisation Internationale pour les Migrations, plus de 3800 migrants et demandeurs d'asile se sont rendus en Italie depuis le début de cette année, dont 2527 en provenance de Libye. Au cours de la même période, environ 3 850 migrants et demandeurs d'asile ont été interceptés et renvoyés en Libye (bien que ce pays soit insécurisé), où ils ont été soumis à une détention arbitraire et sont exposés au risque d'être victimes d'abus et de violences.

Euro-Med Monitor a souligné que l'Union européenne porte une part de responsabilité dans la noyade des migrants et des demandeurs d'asile en Méditerranée, comme il l'a démontré dans un rapport publié en janvier 2021, l'implication de l'Agence européenne des frontières et des garde-côtes (Frontex) dans la participation aux refoulements illégaux de migrants en Méditerranée au cours de l'année dernière.

Euro-Med Monitor a également indiqué que l'Union Européenne a investi - depuis le déclenchement de la crise migratoire en 2015 - ses capacités et ses moyens pour restreindre l'accès des demandeurs d'asile aux côtes européennes, et a conclu des accords avec les pays de provenance afin de limiter les migrations, de sorte que certains Etats membres de l'Union ont finalement introduit des lois de criminalisation des personnes voulant aider les migrants naufragés en mer.

Un rapport du Comité des droits de l'homme des Nations unies a enfin tenu l'Italie responsable de l'incapacité à protéger le droit à la vie de plus de 200 demandeurs d'asile, dont 60 enfants qui se sont noyés lorsque leur bateau s'est écrasé au large des côtes italiennes en octobre 2013.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a exhorté l'Union Européenne à adopter de nouvelles politiques mettant en avant le respect de la dignité humaine en matière d'asile et de migration, soulignant que les préoccupations sécuritaires ne peuvent justifier que des milliers de migrants et de réfugiés soient constamment exposés à la noyade.