Genève - Les mines terrestres réparties dans diverses zones de conflit en Syrie mettent en danger la vie et la sécurité des civils, indique l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme dans un rapport publié aujourd'hui. Toutes les parties au conflit doivent cesser d'utiliser des mines terrestres, découvrir leur emplacement et coopérer pour en neutraliser le danger.
 

   La plupart des victimes de ces mines étaient originaires des gouvernorats d'Alep et de Raqqa. Leur pourcentage dépasse la moitié du total des victimes d'environ 50,5%   

Le rapport met en évidence l'utilisation massive de mines dans le conflit syrien, puisqu'il en reste un très grand nombre dispersé parmi les habitations civiles et sur les terres agricoles. Elles sont le résultat des opérations militaires prolongées des dernières années jusqu'à aujourd'hui.

Les pertes humaines et matérielles causées par les mines terrestres se poursuivront pendant longtemps, même après la fin du conflit. Cette question sensible n'est pas abordée d'urgence par la coopération des autorités compétentes avec les parties au conflit, malgré sa gravité.

Les incidents liés à l'explosion de mines terrestres et à la chute de victimes ont augmenté malgré le déclin des opérations militaires, en raison du manque d'informations précises sur leur localisation et des efforts modestes déployés pour les détecter et les combattre.

Le rapport indique qu'entre mars 2011 et mars 2021, les mines en Syrie ont tué environ 2637 civils, dont 605 enfants, 277 femmes, huit membres du personnel médical, six membres de la défense civile et neuf membres des médias.

La plupart des victimes de ces mines étaient originaires des gouvernorats d'Alep et de Raqqa. Leur pourcentage dépasse la moitié du total des victimes d'environ 50,5%, suivi par le gouvernorat de Deir Ezzor, dans lequel le taux de victimes dépasse 16%, et Daraa 9%, puis Hama 8%. Le pourcentage du reste des gouvernorats était d'environ 16,5%.

Le rapport comprend des témoignages de civils qui ont été victimes de mines plantées près de leurs maisons ou de leurs fermes. L'explosion d'une mine terrestre a blessé un enfant, Omar al-Halabi, originaire de Deir Hafer, dans la campagne orientale d'Alep. Il raconte : "Alors que je jouais avec mes amis près de la maison. Nous avons vu un morceau de fer en forme de boule, alors nous nous en sommes approchés et avons joué avec jusqu'à ce qu'il explose, et il est apparu plus tard que c'était une mine explosive. J'ai perdu ma main et mes pieds à la suite de l'explosion. J'ai pu installer deux prothèses sept mois plus tard.

Le conseiller juridique d'Euro-Med Monitor, Tariq Al-Lewa, a déclaré que, bien que les différentes parties au conflit aient été impliquées dans la pose de mines, la plus grande responsabilité incombe aux forces du régime syrien, compte tenu de l'équipement militaire et de l'armement diversifié dont elles disposent. De nombreuses mines de fabrication russe n'appartiennent qu'aux forces du régime, comme les mines marines, qui ont été larguées sur des zones civiles par les hélicoptères militaires du régime.

Al-Lewa rappelle que l'utilisation de mines est interdite par les conventions internationales pertinentes, au premier rang desquelles figure le traité d'Ottawa de 1997.  La Syrie a refusé de signer cette convention, ainsi que le Statut de Rome qui interdit de telles pratiques, considérant que les mines sont une arme visant les civils qui ne participent pas aux hostilités

Le rapport contient une analyse des différents types de mines utilisées dans le conflit syrien, notamment ce que l'on appelle localement Al-Mastara (règle), Al-Misbaha (chapelet), Hajar (pierre), Al-Lizar (laser) et Al-Doussa. Il s'agit de mines terrestres cachées qui explosent lorsqu'on s'en approche, lorsqu'on les touche ou lorsqu'on touche un objet qui leur est relié.

Toutes les parties au conflit en Syrie, principalement les forces du régime syrien, doivent cesser de poser des mines et détruire leurs stocks, et coopérer avec les équipes spécialisées pour découvrir leur emplacement, les neutraliser et placer des panneaux d'avertissement là où elles sont susceptibles de se trouver.

Les organismes compétents des Nations Unies devraient entreprendre un vaste programme de déminage des zones de conflit en Syrie et obtenir des fonds, des équipements, des techniques et des cadres humains spécialisés pour contribuer à la protection de la vie des civils syriens.