Genève - Dix organisations de défense des droits de l'homme ont publié aujourd'hui une déclaration commune appelant les autorités du Kurdistan irakien à mettre fin aux violations continues de la liberté de la presse, à lever les restrictions au travail journalistique et à cesser de poursuivre et de détenir des journalistes. 

   Les autorités doivent cesser d'utiliser arbitrairement la loi pour poursuivre les journalistes pour leur travail légitime, et respecter les lois internationales et locales qui garantissent aux journalistes de travailler librement   

 

Dans cette déclaration, publiée à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, les organisations expriment leur inquiétude face à l'insistance des autorités régionales à poursuivre les journalistes sur la base d'accusations liées à leur travail journalistique et au mépris permanent des lois locales et internationales pertinentes requises pour garantir la liberté de la presse, d'opinion, d'expression et de publication.

Les organisations signataires de la déclaration sont: l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme, MENA Rights Group, Press Freedom Advocacy Association in Iraq, HuMENA for Human Rights and Civic Engagement (HUMENA Regional), SAM for Rights and Liberties, Iraqi War Crimes Documentation Center, AFD International, Human Rights Solidarity, International Academy for Rights and Development- Paris, et International Institute for Rights and Development -Genève (IRD-Genève).

Le ciblage des journalistes et la mise sous surveillance des activités civiles dans la région du Kurdistan d'Irak font partie des tentatives des autorités d'affaiblir le mouvement populaire et de restreindre la couverture médiatique des manifestations qui réclament des réformes économiques et l'amélioration des conditions de vie de la population dans la région pétrolière, indique le communiqué.

Le 15 février 2021, les journalistes Sherwan Sherwani, Ghadar Zebari et Ayaz Karam ont comparu devant le tribunal pénal d'Erbil pour "atteinte à la sécurité nationale". Le lendemain, le tribunal les a condamnés à une peine de six ans d'emprisonnement sur la base d'accusations forgées de toutes pièces, telles que l'espionnage pour le compte de pays étrangers et la tentative de déstabiliser la sécurité et la stabilité et de discréditer la région.

Les organisations ont déclaré que les trois journalistes ont été arrêtés en octobre 2020 après que leur interaction significative avec les protestations généralisées qui demandaient l'amélioration des conditions économiques et de vie ait attiré l'attention des autorités.

En décembre 2020, les autorités de la région du Kurdistan en Irak ont arrêté au moins cinq journalistes pour avoir couvert les vastes manifestations. Elles ont interdit temporairement la diffusion de la chaîne NRT pour la même raison suite à l'assaut par les forces de sécurité "Asayish" du siège de la chaîne et à la destruction et au pillage de son contenu.

En août 2020, le journaliste Honer Rasul a été tué alors qu'il couvrait les manifestations populaires dans la ville de Rania, dans le gouvernorat de Sulaymaniyah. Les autorités officielles ont attribué la cause de sa mort à une crise cardiaque et ont ignoré toute demande d'ouverture d'une enquête transparente sur cet incident.

D'après la séquence des événements dans la région et l'analyse du comportement hostile des autorités à l'égard des journalistes, il apparaît que les autorités ne font preuve d'aucun respect pour la loi irakienne, les directives juridiques locales ou le droit international en matière de liberté de la presse, indique le communiqué.

La déclaration note que la loi sur la presse du Kurdistan de 2007 garantit la liberté du travail journalistique, l'article (2) de la loi stipulant que "la presse est libre et ne connaît pas la censure, et la liberté d'expression et de publication est garantie à chaque citoyen dans un cadre respectueux", et elle garantit également "au journaliste d'obtenir des informations intéressant les citoyens et liées à l'intérêt public à partir de ses différentes sources, conformément à la loi".

La même loi criminalise les agressions commises à l'encontre des journalistes, stipulant que "quiconque insulte ou agresse un journaliste en raison de son travail est puni des peines prévues pour quiconque agresse un employé pendant ou en raison de l'exercice de ses fonctions".

La loi souligne également qu'"il n'est pas permis de mener une enquête sur le journaliste ou de perquisitionner son lieu de travail ou de résidence (...) sauf sur décision judiciaire, et le capitaine ou son représentant légal peut assister à l'enquête."

Les organisations ont demandé dans leur communiqué de faire davantage pression sur les autorités régionales pour qu'elles mettent fin aux violations commises à l'encontre des journalistes, et qu'elles établissent un mécanisme permettant de rendre compte des violations commises à leur encontre afin de mettre fin à la politique d'impunité.

Les autorités doivent cesser d'utiliser arbitrairement la loi pour poursuivre les journalistes pour leur travail légitime, et respecter les lois internationales et locales qui garantissent aux journalistes de travailler librement sans aucune restriction ni obstacle, ont déclaré les organisations.