Genève - Une députée au parlement danois et ancienne ministre de l'Immigration et de l'Intégration, Inger Stojberg, a fait des déclarations hautaines sur son compte Facebook, appelant tous les réfugiés syriens à retourner dans leur pays. Les autorités danoises doivent mettre un terme à la multiplication des discours xénophobes.  

   Le discours de la députée est une attaque éhontée contre la dignité humaine des réfugiés.   

 

Stojberg a demandé à des centaines de réfugiés syriens de se conformer à la décision de les expulser de leur pays, affirmant que la Syrie n'est plus un pays dangereux.

La députée a utilisé un langage condescendant en abordant les services dont les réfugiés syriens ont bénéficié depuis leur arrivée. Ces services comprennent l'éducation, la santé, la protection et d'autres services de base. Ces droits que l'État est tenu de fournir sont conformes aux lois internationales pertinentes, plus particulièrement la Convention de 1951 sur les réfugiés et la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

"Vous avez reçu des leçons, des conseils et une éducation du Danemark", a déclaré Stojberg en s'adressant aux réfugiés syriens. "Nous avons conclu des accords et pris de nouvelles dispositions pour vous".

Le moment est venu pour ceux d'entre vous qui ont vu leur permis de séjour révoqué, de faire leurs bagages, de rentrer chez eux et de commencer à reconstruire leur propre patrie. Et parallèlement à cela, vous êtes invités à adresser aux Danois un grand merci pour toute l'aide que vous avez reçue lorsque vous en aviez besoin."

Le discours de Stojberg a clairement révélé des signes de mépris à l'égard des réfugiés syriens. En les appelant à plusieurs reprises à quitter le pays, Stojberg a laissé entendre que les réfugiés étaient un fardeau et que leur présence était un inconvénient. "Le Danemark n'est pas votre patrie", a-t-elle ajouté.

Le chef des programmes et des communications d'Euro-Med Monitor, Muhammad Shehada, a déclaré que "le discours de la députée est une attaque éhontée contre la dignité humaine des réfugiés. C'est aussi un exemple méprisable d'intimidation d'un groupe vulnérable qui a cherché refuge au Danemark pour échapper aux effets dévastateurs de la guerre et se construire une vie sûre et stable."

"Les services fournis par le Danemark aux réfugiés syriens ne doivent pas être considérés comme des "privilèges" ou des "subventions", mais plutôt comme des droits obligatoires garantis par les traités internationaux pertinents, au premier rang desquels la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés que le Danemark a signée." Shehada ajoute : "La convention stipule que les réfugiés doivent se voir accorder leurs droits fondamentaux et ne doivent pas être renvoyés dans un pays où l'on craint des poursuites."

Stojberg a été ministre de l'Immigration et de l'Intégration au Danemark de juin 2015 à juin 2019. Soutenue par des partis de droite, anti-réfugiés et immigrés, elle a œuvré à l'introduction d'amendements juridiques stricts qui ciblaient les réfugiés, en particulier les Syriens.

En février 2021, le Parlement danois a renvoyé Stojberg devant un tribunal pour violation de la Convention européenne des droits de l'homme, après avoir donné des instructions en 2016 pour séparer les conjoints venant au Danemark, en particulier les Syriens, et s'ils ont constaté que l'un d'eux avait moins de 18 ans au moment du mariage.

Stojberg doit comparaître après les prochaines vacances d'été devant un tribunal national spécial pour les ministres et les hommes politiques pour plusieurs chefs d'accusation, notamment la séparation des réfugiés de leurs conjoints sans examen individuel de chaque cas.

En mars dernier, le Danemark a révoqué les permis de séjour de 94 réfugiés syriens après avoir examiné les permis d'environ 900 migrants. Cette décision était basée sur une conclusion faite en décembre 2019 qui considérait que le gouvernorat de Damas n'était pas assez dangereux pour accorder une protection internationale aux personnes qui le fuyaient.

Euro-Med Monitor avait appelé les autorités danoises à reconsidérer leur décision de renvoyer les réfugiés syriens, car l'ONU a clairement assuré que le pays est toujours le témoin d'atrocités de guerre et de crimes contre l'humanité.

Les circonstances à Damas et dans ses environs n'ont pas changé pour justifier la perte de la protection internationale des réfugiés. La question essentielle est de savoir si les réfugiés peuvent à nouveau bénéficier de la protection de leur pays d'origine et de ses principaux responsables, comme le prévoit la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.

En mars 2021, une commission d'enquête internationale a confirmé que la protection ne pouvait être accordée, car le gouvernement et les autres parties belligérantes n'ont ni la volonté ni la capacité de tenir les auteurs de ces crimes pour responsables d'une manière conforme aux normes internationales.

Le gouvernement danois devrait prendre des mesures résolues pour mettre un terme à l'escalade des discours haineux à l'encontre des réfugiés, veiller à ce que ses dirigeants respectent les droits de l'homme et s'opposer à toute manifestation ou discours qui alimente la haine et la violence à l'égard des migrants et des groupes vulnérables dans le pays.Les autorités devraient également reconsidérer la décision d'expulser les réfugiés syriens et reconnaître que la Syrie est loin d'être un lieu sûr pour le retour de ses citoyens.