Genève - Les pratiques inhumaines des autorités libyennes à l'encontre de centaines de migrants syriens détenus dans ses prisons sont répréhensibles, a déclaré aujourd'hui l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme dans un communiqué. Une intervention immédiate doit être faite pour mettre fin à ces violations qui mettent en péril la dignité humaine.

 

Au cours des quatre derniers mois, les garde-côtes libyens ont arrêté environ 800 jeunes Syriens qui tentaient de migrer vers l'Europe par la Méditerranée depuis les côtes libyennes. Les forces les ont emmenés dans quatre centres de détention dans la capitale, Tripoli, à savoir Al-Zawiya, Abu Salim, Ain Zara et Ghout Alshaal.

 

Euro-Med Monitor a reçu des témoignages de parents de migrants syriens détenus à Tripoli. Ils ont déclaré que les détenus vivent dans de très mauvaises conditions humanitaires et sont exposés à des violations complexes qui affectent leur sécurité et leur dignité, étant placés dans des centres de détention qui ne répondent pas aux exigences humanitaires minimales.

 

Euro-Med Monitor a consulté des témoignages et des photos publiés sur les réseaux sociaux par d'anciens détenus. Ces personnes ont rapporté avoir été soumises à des traitements humiliants, car elles ont été battues avec des tuyaux en plastique et n'ont pas reçu de nourriture correcte ou d'eau potable.

 

Les détenus sont également contraints de verser jusqu'à 1000 dollars en échange de leur libération par l'intermédiaire de "courtiers" qui reçoivent ces sommes dans le cadre d'accords conclus entre eux et les directeurs des prisons et des centres de détention.

 

D'anciens détenus ont également déclaré que les administrations des prisons et des centres de détention mènent une politique de négligence médicale à l'égard des détenus, en particulier ceux atteints de maladies chroniques, car elles ne leur fournissent pas les traitements nécessaires.

 

Cette situation a entraîné la mort d'au moins un détenu syrien et la détérioration de la santé de beaucoup d'autres.

 

Dans ce contexte, des sources locales de la ville syrienne de Daraa ont informé Euro-Med Monitor que le détenu Azouz Barakat Al-Safadi, 40 ans, de la ville de Nawa dans la campagne de Daraa, est décédé suite à des complications de santé dans la prison d'Al-Zawiya le 7 août. L'administration pénitentiaire a négligé ses demandes répétées d'examen médical à l'époque, car il souffrait d'une maladie de la thyroïde. Les autorités libyennes n'ont pas encore remis son corps à sa famille ni enquêté sur les causes du décès.

 

La plupart des Syriens qui arrivent en Libye - dans l'intention de se diriger vers l'Europe - viennent du gouvernorat de Daraa, dans le sud de la Syrie. Ces jeunes hommes tentent d'échapper aux conditions de vie difficiles dans le gouvernorat en raison du conflit et des mesures imposées par les forces gouvernementales dans les zones qu'elles contrôlent, notamment la conscription forcée.

 

Youssef Salem, chercheur juridique à Euro-Med Monitor, a souligné que "le gouvernement libyen est responsable de toutes les pratiques arbitraires qui ont lieu à l'intérieur des prisons et des centres de détention qu'il dirige."

 

"Le gouvernement est également responsable de l'application des règles locales et internationales pertinentes dans le traitement des détenus, et du respect des conventions internationales qu'il a ratifiées, notamment la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants", a-t-il ajouté.

 

Le gouvernement libyen doit ouvrir une enquête urgente sur les conditions de détention de centaines de migrants syriens, mettre fin à toutes les pratiques arbitraires et illégales à leur encontre, et demander des comptes à toutes les personnes impliquées dans ces violations odieuses.

 

La Mission d'appui des Nations Unies en Libye et le Haut Commissariat aux droits de l'homme devraient effectuer des visites sur le terrain dans les prisons et les centres de détention où sont détenus les migrants, afin d'examiner les conditions de détention et de présenter des rapports complets aux agences des Nations Unies concernées, qui devraient à leur tour prendre toutes les mesures possibles pour limiter les violations des droits des migrants et des détenus en Libye.