Genève - Le renvoi par les autorités qataries de sept citoyens au ministère public pour "incitation à la violence raciale et tribale" en raison de leur critique des conditions liées aux élections du Conseil consultatif qatari prévues en octobre prochain suscite de vives inquiétudes quant au respect des prétentions d'ouverture démocratique du pays, a déclaré jeudi l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme.

 

Le ministère qatari de l'Intérieur a renvoyé sept personnes, dont l'avocat Hazza bin Ali Al-Marri, devant le ministère public pour enquête après avoir exprimé sur des plateformes de réseaux sociaux leur rejet de la loi sur les élections de l'Assemblée consultative du Qatar, qui interdit aux Qataris naturalisés d'origine non qatarie de se présenter aux élections.

 

Dimanche dernier, le ministère de l'Intérieur a annoncé sur son compte Twitter que les sept personnes avaient été déférées aux autorités compétentes et qu'il "ne tolérera pas de prendre des mesures juridiques contre quiconque adopte un discours raciste visant à menacer la sécurité, la stabilité et la paix de la société."

 

Il a également appelé les utilisateurs des plateformes de réseaux sociaux à ne pas "offenser une quelconque composante de la société pour des motifs tribaux ou raciaux."

 

La tenue pour la première fois au Qatar des élections de l'Assemblée consultative est une étape positive et ouvre la voie au début d'une nouvelle phase de changement, de pluralisme et d'ouverture démocratique, mais celle-ci doit garantir l'égalité des chances pour tous les Qataris.

 

L'avocat " Al-Marri " - l'un des détenus - est apparu dans une vidéo qu'il a postée sur Twitter, parlant de son rejet de la loi électorale parce qu'elle l'empêche, lui et sa tribu, de se présenter aux élections. Il a adressé son message et celui de sa tribu à l'Emir du Qatar, Tamim bin Hamad Al Thani de leur rejet de la nouvelle loi électorale, et de toutes les décisions qui y sont liées, même si cela conduit à leur emprisonnement.

 

Euro-Med Monitor a pu consulter une vidéo montrant l'arrestation d'Al-Marri le 10 août, deux jours après la publication de la vidéo. Dans cette vidéo, des forces de sécurité qataries appartenant au Département d'Investigation Criminelle sont apparues en vêtements civils emmenant Al-Marri dans un véhicule blanc, tandis qu'une foule de la tribu Al-Murra tentait d'empêcher l'arrestation.

 

Au moment de son arrestation, Al-Marri a écrit sur Twitter: "L'enquête criminelle est dans mon bureau maintenant. Ils veulent que je parte avec eux, et je partirai, avec en premier lieu une forteresse en Dieu, les fils de la tribu Al-Murra, les citoyens du Qatar, ainsi que la constitution et la loi."

 

La nouvelle loi électorale, qui a été ratifiée par l'émir du Qatar le 29 juillet, divise les citoyens qataris concernant l'élection et la candidature en trois classes. La première catégorie est celle des Qataris d'origine, qui ont le droit de se présenter aux élections et d'y voter. La deuxième catégorie est celle des Qataris naturalisés, nés au Qatar et dont les grands-pères sont qataris. Ils ont le droit de voter mais ne peuvent pas se présenter aux élections. La troisième catégorie est celle des Qataris naturalisés qui n'ont pas le droit de voter ou de se présenter aux élections.

 

La nouvelle loi électorale stipule que "toute personne dont la nationalité d'origine était qatarie a le droit d'élire les membres de l'Assemblée consultative, à condition qu'elle ait 18 ans, et toute personne ayant acquis la nationalité qatarie est exclue de la condition de nationalité d'origine, à condition que son grand-père soit qatari et né dans l'État du Qatar.

 

Quant aux candidats, chacun d'entre eux doit être "un ressortissant qatari d'origine, et son âge à la fermeture de la porte de candidature ne doit pas être inférieur à 30 ans."

 

Le renvoi de citoyens qataris devant le ministère public pour une simple critique pacifique de la nouvelle loi électorale peut affecter l'image positive dépeinte par les signes d'ouverture démocratique. La répartition des citoyens en catégories, et le fait de refuser à la deuxième catégorie, en particulier les Qataris naturalisés et d'origine qatarie, le droit de se présenter aux élections, constituent une atteinte aux droits de ces citoyens et utilisent la loi pour les priver de l'exercice de leurs droits inhérents.

 

Les autorités qataries doivent libérer immédiatement les détenus et respecter le droit des citoyens à exprimer leur opinion et leur droit de réunion pacifique.

 

Les autorités qataries doivent également revoir les textes de la nouvelle loi électorale et s'efforcer de la modifier de manière à préserver l'égalité des droits de candidature et d'élection pour tous les Qataris, conformément aux obligations nationales et internationales du Qatar.