Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a remis un mémorandum urgent au Président de la Commission et au Haut Représentant pour les Affaires Etrangères de l'Union Européenne ainsi qu'aux Ministres des Affaires Etrangères des principaux Etats européens au sujet des responsabilités de l'Europe face à un flux attendu de demandeurs d'asile et de réfugiés afghans.

 

Le mémorandum, envoyé à la veille d'une réunion de crise urgente de l'UE mardi dernier, a été déposé en guise d'expression de grave préoccupation après qu'un certain nombre de gouvernements européens se soient fermement prononcés contre la possibilité d'accueillir un afflux massif d'Afghans. Il s'agit notamment de la France, de la Grèce, de l'Autriche et de l'Allemagne, dont les gouvernements ont adopté une position dure et alarmante à l'égard d'un flux potentiel de réfugiés afghans sur leur territoire.

 

Michela Pugliese, chercheuse en migration chez Euro-Med Monitor, a exposé dans le mémo un aperçu des violations des droits de l'homme les plus flagrantes commises par les Talibans à l'encontre des minorités, des femmes, des enfants ou des personnes ayant une affiliation actuelle ou passée avec le gouvernement afghan et les forces internationales. Ces violations constituent une menace sérieuse pour la vie des groupes afghans vulnérables et entraînent une augmentation substantielle des besoins de protection internationale pour les personnes qui fuient ou tentent de fuir le pays.

 

"Nous affirmons fermement que tous les États, y compris les pays de l'UE, ont la responsabilité juridique et morale de permettre aux personnes fuyant l'Afghanistan de chercher la sécurité, de recevoir une aide humanitaire et un accès rapide à leur territoire et de garantir le respect du principe de non-refoulement ainsi que de non-rejet à la frontière", a souligné Pugliese.

 

Euro-Med Monitor a exprimé une préoccupation particulière à l'égard des déclarations faites par le président français, Emmanuel Macron, qui a récemment souligné l'importance de "nous protéger" contre les importants "flux migratoires irréguliers", ainsi que par le chancelier autrichien Sebastian Kurz. Selon Kurz, il faut créer des "centres d'expulsion" dans les pays proches de l'Afghanistan pour héberger les personnes qui fuient le pays et permettre de continuer à expulser les réfugiés afghans de l'UE.

 

"Un flux potentiel de demandeurs d'asile afghans serait un véritable test pour la capacité de l'Europe à défendre ses valeurs et principes fondateurs et à faire preuve d'un véritable respect des droits de l'homme et du droit international", a déclaré le Dr Ramy Abdu, président d'Euro-Med Monitor. "Construire davantage de murs et de centres de déportation ou externaliser la charge des demandeurs d'asile vers des pays tiers peu sûrs ne résoudrait pas le problème, mais aurait plutôt un impact négatif sur la crédibilité de l'UE, la prédication des droits de l'homme et les appels à un ordre international fondé sur des règles."

 

Le mémorandum salue la décision de cinq pays de l'UE - l'Allemagne, la Suède, la Finlande, la Norvège et les Pays-Bas - de suspendre temporairement le rapatriement des Afghans, en raison de l'impossibilité logistique de procéder à des expulsions involontaires. Ce mémorandum appelle à l'arrêt, à l'échelle de l'UE, de toute expulsion de réfugiés et de demandeurs d'asile afghans, ainsi qu'à la création d'itinéraires et de passages sûrs permettant aux Afghans de trouver refuge en Europe.

 

Le mémo appelle également les pays voisins de l'Afghanistan à ouvrir d'urgence leurs frontières, à garantir aux Afghans des possibilités réelles de demander l'asile et à faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire ainsi que la sortie des Afghans qui tentent de fuir.

 

Cependant, Euro-Med Monitor a souligné que "Conformément à l'engagement pris dans le cadre du Forum mondial des réfugiés en faveur d'un partage équitable de la responsabilité de la protection internationale des réfugiés, il ne serait ni approprié ni juste de s'en remettre uniquement ou excessivement aux pays voisins de la région qui ont déjà et depuis des décennies accueilli la grande majorité du nombre total de réfugiés afghans dans le monde." Le mémo note que le Pakistan et l'Iran continuent d'accueillir respectivement plus de 1,4 million et 780 000 réfugiés afghans enregistrés et que, chaque jour depuis 10 jours, environ 30 000 citoyens afghans ont quitté le pays pour tenter de se rendre en Iran ou au Pakistan par voie terrestre.

 

Euro-Med Monitor a appelé les Etats membres de l'UE à:

  1.  Interdire le retour forcé des ressortissants et des anciens résidents habituels de l'Afghanistan, y compris ceux dont la demande d'asile a été rejetée.
     
  2.  Réévaluer les demandes d'asile des demandeurs afghans rejetés à la lumière des nouveaux développements.
     
  3.  Ouvrir d'urgence des couloirs humanitaires et fournir des visas pour l'évacuation rapide et sûre de ceux qui risquent d'être victimes des représailles et des attaques des talibans.
     
  4.  Se réunir d'urgence pour adopter une approche coordonnée pour le transport et la réinstallation des réfugiés afghans.
     
  5.  Augmenter l'aide humanitaire aux pays voisins vers lesquels les Afghans fuient.
     
  6.  Soutenir les groupes non gouvernementaux et les défenseurs des droits de l'homme à l'intérieur et à l'extérieur de l'Afghanistan qui promeuvent et protègent les droits de l'homme.
     
  7.  Assurer la participation des organisations de la société civile afghane à l'ensemble des discussions concernant l'aide humanitaire, l'assistance étrangère et la réinstallation.