Genève - L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme indique dans un rapport publié, aujourd'hui, que les crises que subissent les Jordaniens ces dernières années se répercutent sur l'exercice de leurs droits économiques et sociaux, notamment le droit à la dignité, au travail, à la santé, à l'éducation, à l'eau et à la formation de syndicats.

 

Le rapport, intitulé "Jordanie... Déclin épidémique des droits économiques et sociaux,” évoque les conditions difficiles qu'a connues le Royaume hachémite de Jordanie ces dernières années en raison de la baisse de l'activité économique, de l'exacerbation des répercussions du Coronavirus, de la diminution de l'aide financière apportée aux réfugiés dans le royaume, des soupçons de corruption et d'évasion fiscale, et de l'augmentation de la dette publique.

 

Le rapport est basé - en plus des efforts de recherche et de documentation - sur des questionnaires ciblant des échantillons aléatoires et des dizaines d'entretiens de terrain menés par l'équipe de terrain d'Euro-Med Monitor en Jordanie de juin 2020 à fin août 2021. Les questionnaires ont inclus des citoyens dont les conditions économiques entravaient l'exercice de leurs droits fondamentaux et ont fourni des informations détaillées sur les causes et l'impact des crises sur les conditions de vie des Jordaniens, ainsi que sur les politiques de l'État pour faire face à ces crises.

 

Bien que la Jordanie souffre de plusieurs crises, telles que la dissolution des syndicats, les crises de l'eau, du secteur de la santé et de la violence sociétale, les répercussions de la pandémie de coronavirus ont contribué à la perturbation de l'activité économique dans le Royaume, ce qui a eu le plus grand impact négatif sur la vie des Jordaniens.

 

En 2020, les perturbations commerciales et la baisse sans précédent des taux de tourisme international ont provoqué un taux de contraction de l'économie jordanienne de 1,6 %, ce qui constitue la première contraction économique du Royaume en trois décennies.

 

Le rapport a également souligné que ces crises ont fait grimper le chômage à 25% cette année, et chez les jeunes (19-25 ans), il a bondi de 40,6% en 2019 à un niveau sans précédent de 50% à la fin du dernier trimestre de 2020.

 

En référence à la crise du secteur de la santé, le rapport montre que la Jordanie souffre d'une pénurie de personnel médical dans la plupart de ses hôpitaux gouvernementaux, ce qui a entraîné une baisse du niveau des services médicaux fournis aux patients et la récurrence des décès dans les hôpitaux en raison des mauvais services fournis aux patients. L'exemple le plus marquant est sans doute l'incident de l'hôpital de Salt en mars 2021, où sept patients du COVID-19 sont morts après que l'hôpital où ils se trouvaient a manqué d'oxygène.

 

Le rapport a également abordé la crise syndicale comme l'une des crises auxquelles le Royaume a été confronté au cours des deux dernières années. En effet, le gouvernement a fermé le Syndicat des enseignants jordaniens (SJT) le 25 juillet 2020, après que les enseignants aient protesté contre le non-décaissement d'une prime financière à leur intention, compte tenu de la crise économique étouffante que traverse le pays. La querelle entre le gouvernement et le STC est toujours en cours.

 

Le chercheur juridique de l'Euro-Med Monitor, Omar Al-Ajlouni, a déclaré que "le gouvernement jordanien est tenu, en vertu de l'article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, de garantir aux individus le droit à un niveau de vie décent suffisant pour assurer leur santé et leur bien-être ainsi que ceux de leur famille, notamment en termes de nourriture, de vêtements, de logement, de soins médicaux et de services sociaux nécessaires."

 

Les autorités jordaniennes sont invitées à développer une politique nationale pour gérer efficacement ces crises, notamment celles liées à la pauvreté, au chômage et à la violence sociétale qui en découle, et à mettre fin aux violations qui limitent la liberté du travail syndical, tant pour les institutions que pour les militants.

 

Par ailleurs, la communauté internationale est appelée à demander aux autorités jordaniennes de respecter leurs engagements internationaux en matière de respect des droits économiques et sociaux de leurs citoyens et de leur apporter un soutien par le biais d'organisations internationales, telles que l'UNICEF, la FAO et l'Organisation internationale du travail, à travers des projets de développement visant à réduire le taux de pauvreté, de chômage et de travail des enfants.

 

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