Genève - La prise du pouvoir par l'armée soudanaise diminue les gains durement acquis en matière de droits de l'homme et de droits civils après les manifestations de décembre 2018, a déclaré aujourd'hui l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme dans un communiqué.

L'armée soudanaise a fait un usage excessif de la force, notamment des balles réelles, pour réprimer les manifestations qui ont suivi l'annonce de la prise de pouvoir par l'armée, en particulier près du siège du commandement général de l'armée à Khartoum. Sept manifestants ont été tués et environ 150 autres ont été blessés, selon des sources médicales.

Hier, le chef du Conseil souverain, le général Abdel Fattah al-Burhan, a annoncé la dissolution du gouvernement et du Conseil de souveraineté, déclarant l'état d'urgence et suspendant plusieurs articles du document constitutionnel signé entre le dirigeant militaire et le dirigeant civil régissant la phase de transition. Ces mesures représentent un coup d'État militaire contre toutes les obligations constitutionnelles et les acquis civils.

À cet égard, le président d'Euro-Med Monitor, Ramy Abdu, a déclaré: " La prise de pouvoir militaire au Soudan brise les rêves des Soudanais de parvenir à un régime démocratique juste. Il gaspille les sacrifices qu'ils ont fait au cours des deux dernières années pour vivre dans un état civil qui respecte leurs droits et préserve leur dignité."

"Nous sommes particulièrement préoccupés par les militants et défenseurs des droits de l'homme, compte tenu du fait que les autorités de facto ne respectent pas toutes leurs obligations légales. Nous craignons qu'une campagne organisée ne les prenne pour cible dans les prochains jours."

L'annonce par l'armée de la prise du pouvoir a été précédée d'une campagne d'arrestations de hauts responsables civils de l'État, dont le Premier ministre Abdullah Hamdok, un grand nombre de ministres, de professionnels des médias et de membres civils du Conseil de souveraineté.

L'audace de l'armée soudanaise à enfreindre ainsi la volonté des Soudanais prouve son manque de confiance dans la voie démocratique. Les actions de la direction militaire exposent son faux comportement pendant la période de transition, pendant laquelle elle a fait semblant d'accepter le partenariat, le partage du pouvoir, et la remise du pouvoir à une autorité civile élue.

Euro-Med Monitor a visionné des dizaines de vidéos publiées par des activistes soudanais montrant les multiples violations commises par les forces de sécurité et l'armée contre les manifestants. Elles ont utilisé des balles réelles et des gaz lacrymogènes et ont battu les manifestants, y compris les femmes.

Le coup d'État militaire a un impact catastrophique sur les libertés et le pluralisme dans le pays. Les forces de sécurité ont entamé une campagne d'arrestations contre les dirigeants des Forces de la liberté et du changement, du parti Baath arabe socialiste, de l'Association des unionistes et du Parti du congrès soudanais. Ces exactions témoignent d'un véritable plan visant à perturber le travail des partis et des organes civils afin de faciliter le retour du régime autoritaire que les Soudanais ont subi pendant des décennies.

Malgré l'escalade des appels à des manifestations de grande ampleur et à une désobéissance civile globale, les protestations doivent rester pacifiques. Dans le même temps, les autorités de facto doivent respecter les droits des individus à la liberté d'opinion, d'expression et de réunion pacifique, et s'abstenir de toute pratique violente et illégale à l'encontre des manifestants.

Les dirigeants de l'armée soudanaise doivent immédiatement revenir sur toutes les mesures qu'ils ont prises le 25 octobre, libérer tous les détenus - en particulier les dirigeants civils - et adhérer au processus démocratique et aux méthodes constitutionnelles pour le transfert du pouvoir. Ils devraient également identifier et tenir pour responsables toutes les personnes impliquées dans le meurtre et la répression des manifestants.

Les Nations unies et l'Union africaine ne doivent pas reconnaître le coup d'État militaire au Soudan et ses résultats, prendre toutes les mesures possibles pour rétablir la voie démocratique, empêcher le retour du régime autoritaire et protéger les droits et libertés des individus et des entités civiles au Soudan.