Genève – Selon un rapport publié conjointement par l’Observatoire Euro-Mid des Droits de l’Homme et le Réseau syrien pour les Droits de l’Homme, les forces du régime syrien, comprenant l’armée, les forces de police et les milices armées,ont brûlévives au moins 82 personnes, parmi lesquelles 47 civils et 18 enfants. En outre, depuis 2011, 773 autres victimes, dont 146 femmes et 69 enfants, ont été exécutées puis brûlées. Ces actes ont été commis pour dissimuler les crimes du régime ou pour intimider l’opposition.

Le rapport relève que les agissements du régime syrien, qui consistent à brûler vives les personnes arrêtées, ont peu ou pas du tout reçu de couverture médiatique. Il précise que les autorités syriennes nient commettre de tels crimes alors même que divers sites pro-gouvernementaux reprennent et se vantent même de ces actes. Le travail de documentation des cas a pu être réalisé grâce aux familles des victimes et défenseurs locaux des droits l’Homme qui avaient filmé et publié des vidéos pour dénoncer ces crimes.

« Brûler les victimes vivantes ou brûler leurs corps après les avoir exécutées sont des pratiques systématiquement utilisées par les forces du régime syrien dans plusieurs villes depuis quatre ans », a expliqué Fadel Abdul Ghani, directeur du Réseau syrien pour les Droits de l’Homme. « Ces crimes sont surtout commis pendant les massacres sectaires, et la ville de Hama a été particulièrement touchée avec 38 personnes brûlées vives » a-t-il ajouté.

Parmi les cas examinés par le rapport, il y a celui de la mort de quatre membres d’une même famille, trois enfants et une femme, brûlés vifs dans leur maison, le 28 janvier 2012, à Lattaquié, par des milices armées fidèles au régime. Egalement, fin septembre 2012, des membres de milices pro-gouvernementales ont jeté trois personnes vivantes dans un four à Al Jura, province de Deir Ez-Zor.

Dans un autre cas, datant du 19 septembre 2012, les forces gouvernementales sont entrées à Masha’ al Arbi’n après l’avoir lourdement bombardé. Elles ont arrêté un grand nombre de jeunes hommes, qu’elles ont rassemblés, les mains attachées, dans une maison à laquelle elles ont mis le feu. Neuf personnes, dont un enfant, ont été brûlées vives lors de cet incident. Quelques jours auparavant, le 3 septembre 2012, dans la province de Hama, une maison localisée à Al Farrayeh, dans laquelle s’étaient réfugiés des combattants rebelles, avait été encerclée par les forces gouvernementales qui y avaient mis le feu, tuant 27 personnes.

 Ces pratiques ont été appliquées autant individuellement, à des cas isolés, que collectivement, à de larges groupes à la suite de massacres, souvent à caractère sectaire. 44 massacres ont été documentés. Des cas de femmes brûlées après avoir été sexuellement agressées ont également été rapportés.

 L’Observatoire Euro-Mid des Droits de l’Homme et le Réseau syrien pour les Droits de l’Homme concluent que ces pratiques constituent des crimes contre l’humanité tels que définis par le Statut de Rome. Conformément à l’article 8 al 2 de ce même Statut, elles peuvent également être qualifiée de crimes de guerre puisqu’elles constituent des « actes inhumains causant intentionnellement de grandes souffrances ou des blessures graves ».

 « Le Conseil de Sécurité des NU doit prendre des mesures pour lutter contre le terrorisme detoutes les parties concernées. L’attention particulière accordée par la communauté internationale aux crimes commis par l’Etat Islamique, également appelé EIIL, alors qu’elle ignore les crimes similaires commis par les forces régulières syriennes et les milices locales et étrangères pro-gouvernementales, alimente l’extrémisme », préviens Fadel Abdul Ghani.

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