Genève – Rappelant que la détention de défenseurs de droits de l’Homme parce qu’ils ont exercé leur droit à la liberté d'expression constitue une violation flagrante des droits de l'Homme, l’Observatoire Euro-Mid pour les Droits de l'Homme appelle les autorités tunisiennes à libérer immédiatement l’activiste et blogueur Yassine Ayari, agé de 33ans.

Yassine Ayari a été condamné par le tribunal militaire, après une réduction de peine en janvier 2015, à un an de prison pour "diffamation envers l'armée" après la publication de quatre articles critiquant le ministre tunisien de la Défense nationale sur son blog et sur Facebook.

Le 24 décembre 2014, alors qu’il rentrait de Paris, le blogueur avait été arrêté à l'aéroport de Tunis et informé que le tribunal militaire l'avait jugé par contumace et condamné à trois ans de prison avec effet immédiat le 18 Novembre 2014, pour "diffamation et atteinte à la dignité de l'armée ".

"La peine est injuste et a été utilisée contre lui pour régler des comptes personnels", a déclaré le frère de Yassine, Mutee 'Ayari. "C’est une violation flagrante de la liberté d'expression".
L'avocat de Yassine Ayari, Samir Ben Omer, a déclaré que, lorsqu’il lui a rendu visite en prison, il avait exprimé des craintes à l’égard de l'administration pénitentiaire, qui refusait de fournir des soins, ignorant ainsi ses besoins humains fondamentaux.

"La décision du tribunal, fondée sur l’article 91 du Code des procédures militaires de 1957, viole l’article 31 de la nouvelle Constitution tunisienne qui énonce que « L'Etat garantit le droit d'accès aux médias et l'information », et l'article 19 selon lequel « chacun a le droit à la liberté d'expression et d'opinion » ", a déclaré Adel Ihsan, conseiller juridique d’Euro-Mid. "Juger un civil devant un tribunal militaire viole les garanties d'un procès équitable" a-t-il ajouté.

Euro-Mid appelle les autorités tunisiennes à immédiatement libérer Yassine Ayari ou à le rejuger par un tribunal civil garantissant ses droits à un procès équitable, à mettre fin aux violations de la liberté d'expression et à prendre toutes les mesures pour garantir le respect de toutes les opinions politiques, tout en exhortant le Parlement tunisien à modifier la loi pour que les civils ne soient plus jugés par des tribunaux militaires.